mardi 2 décembre 2008

VIH : les scientifiques cherchent toujours la faille

Quand on demande aux chercheurs qui le fréquentent au quotidien les mots qui leur viennent à l’esprit pour décrire le virus responsable de l’infection la plus meurtrière depuis la pandémie de grippe de 1918, les mêmes qualificatifs tombent des lèvres : intelligent, complexe, injuste, sournois, vicieux. « Il nous échappe !, s’exclame Frédéric Tangy, directeur du laboratoire « Génomique virale et vaccination » au département Virologie1 de l’Institut Pasteur à Paris. À chaque nouveau progrès que nous enregistrons, un champ d’énigmes encore plus vaste s’ouvre devant nous… » Satané VIH (lire glossaire en fin d'article) ! Sans grossir le trait, force est de reconnaître que cette engeance provenant du chimpanzé et passée dans l’espèce humaine au cours de la première moitié du xxe siècle est un ennemi atrocement retors. Comme aucun autre virus, il sait dynamiter et submerger les défenses immunitaires des organismes qu’il infecte.

le virus

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Pour Simon Wain-Hobson, directeur de l’unité « Rétrovirologie moléculaire » du même département, ce « “petit” virus de seulement neuf gènes et quinze protéines », passé maître dans l’art de « détruire les systèmes censés le détruire », se comporte comme « une taupe (ou plutôt une armée de taupes) infiltrée au sein même de notre organisme. Il se fait d’abord passer pour un membre de la famille, malgré la méfiance qui l’environne, et il sème ensuite la panique à tous les étages en détraquant les systèmes qui gèrent la sécurité de notre santé ! » La métaphore en dit long sur la duplicité et la violence de ce virus qui s’attaque d’abord, dans la plupart des cas, aux cellules des muqueuses génitales ou rectales. Il se laisse ensuite capturer et transporter par des cellules « sentinelles » du système immunitaire (les cellules dendritiques) jusqu’aux organes lymphoïdes (essentiellement les ganglions). Là, il rencontre d’autres cellules (les lymphocytes T), qu’il infecte, avant de se dupliquer et de se disséminer dans tout le corps. Très vite, l’organisme, comprenant qu’il est agressé, déclenche la riposte et retarde l’avance de l’ennemi en mobilisant des bataillons d’anticorps et en activant des lymphocytes T tueurs CD8+, une « réponse » qui se solde par une chute spectaculaire de la virémie (le taux de virus dans le sang).
Tout le problème, dit Olivier Schwartz, responsable de l’unité « Virus et immunité » au département Virologie de l’Institut Pasteur, vient de ce que le VIH « n’aime rien tant que se multiplier dans le système immunitaire quand celui-ci est activé ». En l’absence de traitement antirétroviral, le VIH réussit quasi immanquablement à échapper à ses Cerbères et entraîne une infection chronique et asymptomatique qui dure plusieurs années. Une phase au cours de laquelle « la charge virale reste à peu près stable et faible au niveau du sang malgré une intense réplication du virus, poursuit Philippe Benaroch, responsable de l’équipe « Transport intracellulaire et immunité »2 à l’Institut Curie. Les cellules infectées sont rapidement détruites et renouvelées, preuve que le système immunitaire est à même, pendant une longue période, de contenir l’infection virale ». Mais pas de l’enrayer complètement. Après de longs mois d’une résistance héroïque, « le nombre de lymphocytes T CD4+ (la cible n° 1 du VIH), qui aident les autres cellules-clés du système immunitaire (les “lymphocytes T tueurs” CD8+ et les lymphocytes B) à croître et à contrer les attaques de l’intrus, diminue inexorablement. Le sida apparaît au moment où se produit un effondrement à la fois du nombre de lymphocytes T CD4+ (moins de 400/mm3 de sang, contre plus de 1 000 en temps normal) et de la réponse des lymphocytes T tueurs CD8+, tandis que la virémie augmente. »

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Des réservoirs cachés dans les cellules
Tel est, sommairement résumé, le mode opératoire du VIH pour tromper, désorganiser puis saboter le système immunitaire. Une stratégie d’une terrible efficacité dont les chercheurs s’évertuent à comprendre les moindres rouages dans le but d’améliorer les thérapies anti-VIH. Le rôle des cellules dendritiques dans l’infection, en particulier, s’avère primordial. Plus personne ne doute aujourd’hui qu’elles représentent un des sas d’entrée du VIH dans l’organisme. « Ces cellules “présentatrices de l’antigène” stimulent les lymphocytes T, dit Anne Hosmalin, responsable de l’équipe « Présentation de l’antigène par les cellules dendritiques » au département Immunologie de l’Institut Cochin3. On les appelle “présentatrices” parce que le système immunitaire a besoin de se faire présenter des fragments du virus pour activer des réponses immunitaires à bon escient. » Ainsi, les cellules dendritiques mangent le VIH, le digèrent et le décomposent en fragments de petite taille (épitopes) qui vont être piégés par les molécules d’histocompatibilité (HLA chez l’homme) et présentés aux lymphocytes T. Une transmission orchestrée par une cascade d’événements moléculaires qu’Anne Hosmalin s’emploie à décrypter, sachant que ces connaissances pourraient servir à compléter l’arsenal thérapeutique anti-VIH.
Une fois introduit dans un lymphocyte T, le VIH « modifie le comportement normal de son “hôte”, poursuit Olivier Schwartz. Le contact entre le lymphocyte et les cellules présentatrices d’antigènes est perturbé, ce qui modifie la réponse immunitaire. » Le responsable de ce chambardement ? Un des composants du VIH, la minuscule protéine Nef. « Un axe de nos recherches – qui bénéficient entre autres du soutien de Sidaction, de l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS), de l’Institut Pasteur… –, concerne les effets de l’infection sur la biologie de la cellule. Nous nous efforçons notamment de comprendre comment Nef parvient à dérégler le trafic des certaines molécules indispensables pour démarrer une réponse immunitaire à l’intérieur d’un lymphocyte. Un peu comme si un pyromane, après avoir allumé un incendie, investissait le centre opérationnel des pompiers pour dérouter la circulation des secours », dit Olivier Schwartz. Il souligne que ce mécanisme destiné à affaiblir les défenses de la cellule-hôte et à optimiser la réplication du virus « reste plein de zones d’ombre ». Sitôt après avoir forcé l’entrée de la forteresse cellulaire, le VIH, un rétrovirus à ARN, n’a de cesse d’incorporer son propre matériel génétique au génome de son hôte. Un tour de passe-passe (« l’intégration ») aux effets délétères. Chaque fois qu’une cellule infectée se duplique, elle multiplie l’information du VIH en même temps que la sienne.

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© N. Sol-Foulon, M. C. Prevost, O. Schwartz/Institut Pasteur

Vues au microscope électronique, des particules du virus du sida (VIH) bourgeonnant à la surface d'un lymphocyte.



Le VIH prend également un malin plaisir à infecter les macrophages, d’autres globules blancs spécialisés dans l’ingestion et la digestion de toutes sortes de débris et de microbes. « Ces cellules possèdent normalement dans leurs compartiments d’ingestion et de dégradation un pH acide auquel le virus ne devrait pas résister, explique Philippe Benaroch. Or, nous avons montré que le VIH parvient à modifier ce milieu a priori hostile en mettant hors course les enzymes qui ont besoin d’un pH acide pour fonctionner et le dégrader. Il crée ainsi un environnement favorable à sa survie et à sa multiplication. De ce fait, les macrophages infectés seraient un réservoir de virus difficiles à éradiquer, car masqués à l’intérieur de ces cellules. » Le système immunitaire ne parvient pas à les détecter ni les antiviraux à les tuer.
Un autre réservoir longtemps méconnu est représenté par une micropopulation de cellules T CD4+ infectées dans lesquelles le VIH reste inactivé. « Après avoir inséré son patrimoine génétique dans celui de ces cellules, le virus entre dans une phase dite “silencieuse”, commente Simon Wain-Hobson. Comme il est éteint, il échappe à la surveillance radar du système immunitaire (qui ne repère que les cellules produisant de nouveaux virus) et réduit la fenêtre d’intervention des antiviraux. » En étudiant les mécanismes à l’origine de l’établissement et du maintien de telles « cellules réservoirs », Monsef Benkirane, de l’Institut de génétique humaine (IGH)4, à Montpellier, a peut-être trouvé la parade pour réveiller ces virus « invisibles » et les forcer à sortir de leur « planque », se sorte que les traitements puissent les terrasser. « Nous avons identifié trois machineries cellulaires qui seraient responsables de cette latence se traduisant par une très faible expression des gènes viraux : les micro-ARN, le protéasome et les protéines de l’hétérochromatine. Il importe désormais de développer des molécules capables d’inhiber ces machineries cellulaires pour induire la réplication virale dans les cellules réservoirs. Le but : rendre ces virus visibles au système immunitaire et sensibles aux antiviraux. »

Les stratégies thérapeutiques
Quid, justement, des stratégies thérapeutiques à l’œuvre pour contrer les agissements du rétrovirus le plus tristement célèbre ? Son irruption sur la scène sanitaire et son long cortège de victimes ont naturellement « dopé » l’intérêt de la communauté scientifique pour la pharmacologie antivirale. À l’heure actuelle, les médecins disposent de plus de vingt-cinq molécules pour faire la guerre au sida. Parmi ces « armes », les inhibiteurs de la transcriptase inverse. Ils prennent pour cible l’enzyme du VIH indispensable à la transformation des molécules d’ARN viral en ADN proviral. Quant aux inhibiteurs de la protéase, ils bloquent l’action de l’enzyme participant à la synthèse des protéines virales à l’intérieur de la cellule, de telle sorte que les nouveaux virus produits ne peuvent plus infecter de nouvelles cellules. Ces deux armes reposent sur un principe simple : stopper des étapes de la réplication foudroyante du VIH. Las, si « l’arrivée de thérapies virales extrêmement actives pour le traitement des patients infectés par le VIH a permis tout à la fois de contenir la réplication de ce pathogène et d’améliorer l’état clinique des malades, elles ne débouchent pas sur l’éradication totale de l’infection et induisent en permanence l’apparition de virus résistants », dit Clarisse Berlioz-Torrent, coresponsable, avec Stéphane Emiliani, de l’équipe « Interactions moléculaires hôte-pathogène » au département « Maladies infectieuses » de l’Institut Cochin. Sans oublier que le recours prolongé aux trithérapies (l’association de trois molécules antirétrovirales), très coûteuses, entraîne des troubles secondaires multiples.
Qu’il faille continuer à agir pour isoler de nouveaux agents antiviraux est une évidence. Les recherches les plus avancées se concentrent sur une troisième enzyme, l’intégrase, elle aussi strictement indispensable à la réplication du VIH et entrant en action quand l’ADN proviral s’introduit dans le génome de la cellule-hôte. Un de ces nouveaux antirétroviraux, le Raltegravir, couplé à des molécules anti-VIH plus « classiques », pourrait jouer un rôle important pour les patients en échec thérapeutique. Autre domaine en plein essor : l’élaboration d’inhibiteurs de l’entrée du virus dans la cellule, un processus terriblement sorcier au cours duquel la glycoprotéine d’enveloppe (Env gp120, une grosse protéine du VIH arrimée à son enveloppe) arrive à s’accrocher à une cellule cible (lymphocyte T, macrophage…) en identifiant un récepteur, le CD4, ainsi que divers corécepteurs spécifiques dont le CCR5, puis à forcer l’entrée du sanctuaire cellulaire. Plusieurs molécules sont à l’étude pour tenter de briser l’interaction entre le virus et le CCR5.
Sans oublier l’approche très originale adoptée par des chercheurs de l’Institut de génétique moléculaire de Montpellier (IGMM)5 pour contrecarrer les mécanismes cellulaires qu’utilise ce fichu virus pour se multiplier. La molécule qu’ils ont élaborée (IDC16) bloque l’infection en empêchant « l’épissage » (c’est-à-dire la maturation des ARN du VIH, partant sa réplication). Mieux : IDC16 est efficace non seulement sur différentes souches virales de laboratoire mais aussi sur des virus isolés sur des patients, même si ceux-ci sont devenus résistants aux trithérapies habituelles. Autant de conquêtes déjà remportées – ou en passe de l’être – sur le virus. Mais la victoire est encore loin. « Un des défis posés par l’élaboration de nouveaux antiviraux réside dans le développement de thérapies capables d’enrayer les interactions entre protéines virales et cellulaires », insiste Clarisse Berlioz-Torrent. De là l’intérêt porté par son équipe à la protéine cellulaire TIP47. « Nous avons montré que cette protéine favorise la connexion, à l’intérieur d’une cellule-hôte, de deux composants structuraux majeurs du VIH : le précurseur Gag et la glycoprotéine d’enveloppe (Env), dont la rencontre déclenche la production de nouveaux virus complètement infectieux, explique notre chercheuse. Si l’on empêche TIP47 de tenir son rôle de “connecteur”, on réduit ipso facto le pouvoir infectieux des virus produits. » Une découverte promettant d’aider à mieux contrer les ravages du VIH ? Il n’est pas interdit de le penser, à condition de découvrir la molécule capable de contrecarrer l’interaction Gag-TIP47-enveloppe.

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La piste de la vaccination
Dans les pays industriels, l’avènement de puissants antirétroviraux et la mise en place des trithérapies ont enrayé la mortalité liée au sida et transformé ce fléau en une infection chronique sous traitement. Reste que l’immense majorité des quelque 33 millions d’individus infectés par le VIH en 2008 vit dans des régions sous-développées et n’a toujours pas accès aux molécules qui ont révolutionné chez nous le cours inéluctablement fatal, il n’y a pas si longtemps, de l’infection. Traduction : le développement d’un vaccin préventif, facile à produire, distribuable à bas prix et garantissant une immunité forte et durable après une ou deux injections, s’inscrit comme une priorité dans la lutte contre l’extension planétaire du sida. Mais autant le dire tout net : si d’énormes progrès ont été accomplis dans la compréhension de la réponse du système immunitaire à l’infection, et si les experts en vaccinologie redoublent d’efforts à l’échelle mondiale, aucune des stratégies vaccinales élaborées jusqu’ici (une soixantaine de candidats vaccins sont actuellement en essai clinique) n’a encore fait ses preuves.
La piste du vaccin vivant atténué par génie génétique, une opération consistant à désactiver les gènes responsables de la virulence d’un virus, a vite été abandonnée. Elle était trop dangereuse pour être appliquée à l’homme, le virus atténué du sida retrouvant au bout de quelques années l’entièreté de son pouvoir pathogène. Idem pour la solution (très en vogue dans les années 1990) utilisant les protéines naturellement présentes à la surface du VIH, telle gp120. Si elles induisent bien des anticorps capables de neutraliser le virus, ces protéines ne sont efficaces que contre certaines souches de VIH, ce maudit virus mutant non stop et déjouant ce type de protection immunitaire.

Mobiliser les lymphocytes T tueurs
Depuis une dizaine d’années, d’intenses recherches sont toutefois menées en vue d’induire des réponses cellulaires en mobilisant les « lymphocytes T cytotoxiques ». C’est que ces globules blancs, tous sortis du même centre de production (la moelle osseuse) et organisés en commandos adeptes de la méthode forte, éliminent impitoyablement les agents étrangers pathogènes présents à l’intérieur de nos cellules. Ils peuvent ralentir la réplication du VIH et contrôler la charge virale, du moins aux premiers stades de l’infection. Trois grandes familles de « formulations vaccinales » misant sur l’action de ces troupes d’élite pour fouetter l’immunité « cellulaire » sont développées, avec plus ou moins de succès : les vaccins à base d’« ADN nu », les vaccins vivants recombinants à base de vecteurs viraux ou bactériens et les vaccins à base de peptides (de petits fragments de protéines de synthèse). Principe des premiers, faciles à produire, relativement bon marché et ne nécessitant pas de chaîne du froid pour se conserver : injecter dans l’organisme un fragment de l’ADN du VIH, reproduit par génie génétique, pour que des protéines de ce virus soient produites et servent à stimuler la production de lymphocytes. Leur pouvoir immunogène, pour l’heure, laisse malheureusement à désirer.
Les vaccins vivants recombinants, quant à eux, résultent de l’assemblage d’un virus préalablement atténué, donc inoffensif (comme le virus de la variole du canari ou celui de la variole aviaire), et de quelques gènes du VIH permettant la synthèse de protéines indispensables à la stimulation du système immunitaire. Bilan des courses ? Globalement décevant. Ces vecteurs se sont jusqu’ici montrés incapables d’induire des « réponses T » de grande amplitude ou de longue durée. Encore plus déprimant : après trois ans d’essais sur plusieurs milliers de volontaires, l’un des vaccins vivants recombinants anti-VIH les plus prometteurs, le V520, composé de trois gènes du virus produits synthétiquement et « empaquetés » dans un adénovirus atténué (la réplique affaiblie d’un des virus du rhume), a été abandonné à cause de son manque d’efficacité en septembre 2007, sur décision du laboratoire pharmaceutique américain Merck.
Un énième coup d’épée dans l’eau qui a certes affecté le monde de la recherche, mais qui n’entame pas le moral de Frédéric Tangy. Ce chercheur parie en effet sur d’autres vecteurs, en l’occurrence celui dérivé du vaccin contre la rougeole. Ce vaccin « a été administré à des centaines de millions d’enfants depuis les années 1960, argumente-t-il. Il est très bien toléré et son efficacité vaccinale est d’environ 95 % après une seule injection. Par ailleurs, il est facilement produit à grande échelle dans de nombreux pays et distribué à bas prix. Ces caractéristiques favorables nous ont conduit à envisager son utilisation comme vecteur pour immuniser les enfants et les adolescents à la fois contre la rougeole et le sida. » Les atouts de ce vecteur-ci par rapport à ses « rivaux » ? En dehors de ses vertus pratiques et logistiques, « sa capacité, comme le montrent nos résultats sur des modèles animaux, à produire une immunité durable. De plus, le virus de la rougeole et le VIH ont plusieurs propriétés en commun, en particulier le fait qu’ils infectent tous les deux les monocytes, les macrophages et les cellules dendritiques. Ainsi, un vecteur dérivé du virus de la rougeole qui cible les protéines du VIH dans le même compartiment que le VIH lui-même présente l’avantage d’induire des “signaux de danger” identiques ». Bref, un vaccin aux potentialités énormes. Mais seuls des essais cliniques plus poussés permettront d’évaluer la sûreté et l’efficacité de cette méthode.

La voie des lipopeptides
D’un principe tout différent, les vaccins à base de lipopeptides captent l’attention de Jeannine Choppin, responsable de l’équipe « Mécanismes d’induction de la réponse immunitaire et conception de vaccins » au département Immunologie de l’Institut Cochin. « Les lipopeptides sont des préparations synthétiques réunissant des fragments de protéines du VIH et un acide gras (lipide), explique-t-elle. Notre technique vise à déclencher la production de lymphocytes T CD4+ et T CD8+, qui pourraient détruire les cellules infectées par le virus. La partie lipidique assure la pénétration des peptides dans les “cellules présentatrices d’antigènes” qui vont initier la réponse immune. Et plusieurs peptides sont associés afin d’accroître le potentiel immunogène de la préparation. » La capacité de protection de cette « race » de vaccins donne-t-elle satisfaction ? Une question pour l’heure sans réponse. « Les résultats des premiers protocoles vaccinaux chez l’homme ont montré des réponses cellulaires T contre les fragments des protéines du VIH, commente Jeannine Choppin, mais la protection contre le VIH reste à démontrer. Il faut par conséquent poursuivre la mise au point de ces vaccins pour amplifier les réponses cellulaires adéquates et, surtout, les maintenir à long terme. » En un mot, patience.
De la patience, Ara Hovanessian, directeur du laboratoire « Régulation de la transcription et maladies génétiques » du CNRS, n’en manque pas pour mettre au point un vaccin synthétique contre le VIH à partir de la gp41, une protéine majeure de l’enveloppe virale. Pourquoi la gp41 ? « Parce que nous avons identifié dans cette protéine une région minuscule qui ne change jamais, quelle que soit la souche du VIH, dit-il. Partant de là, nous avons conçu et synthétisé chimiquement cette région. » Et alors ? « Dans une série d’expériences menées sur les animaux, l’injection de cette réplique a engendré la production d’anticorps neutralisants contre la plupart des sous-types du VIH, alors que, jusqu’à présent, les anticorps induits par les autres vaccins n’avaient pas brillé par leur efficacité puisqu’ils agissaient uniquement contre certaines souches du VIH. » En attendant d’en vérifier l’efficacité sur le macaque, « ce vaccin synthétique représente un bon candidat comme vaccin thérapeutique », assure Ara Hovanessian. Autant d’efforts qui prouvent que la recherche d’un vaccin contre le sida progresse, vaille que vaille, mais continue de représenter une entreprise extraordinairement difficile. À tout le moins, un des défis majeurs de la vaccinologie pour les décennies à venir en ce début de xxie siècle.

La lumière à l'heure quantique

Et demain ? La lumière sera-t-elle à l'origine d'une seconde révolution quantique ? Après la première, qui a donné naissance au laser et au transistor au XXe siècle, cette deuxième révolution est fondée sur la possibilité de manipuler grâce, entre autres, à la lumière, les propriétés les plus déroutantes de la matière, avec des applications prometteuses comme la cryptographie quantique – le fait de rendre un message inviolable. En témoignent ici quelques équipes du CNRS qui planchent sur ces sujets. Depuis une centaine d'années qu'elle sévit, la mécanique quantique1 n'a jamais cessé de défier le sens commun. Avec elle, un photon peut être à la fois une onde et une particule. Et le fameux chat imaginé par le physicien Erwin Schrödinger en 1935 peut être en même temps mort et vivant. Pour sonder les mystères quantiques et confirmer les prédictions les plus déroutantes de l'étrange théorie, la lumière n'a pas son pareil. Aujourd'hui, elle ouvre aux physiciens de nouveaux terrains de jeu qui pourraient bien recéler des applications inattendues.

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© C. Legay/CA2M

Au laboratoire de l'unité mixte internationale Georgiatech-CNRS, à Metz, les chercheurs mettent au point des protocoles de cryptage inviolable fondés sur les propriétés quantiques de la lumière, pour les télécommunications optiques.



Onde et particule à la fois
Dernière confirmation en date des bizarreries quantiques, une expérience réalisée par l'équipe de Jean-François Roch, au Laboratoire de photonique quantique et moléculaire (LPQM)2, à Cachan, en collaboration avec Philippe Grangier et Alain Aspect, lauréat en 2005 de la médaille d'or du CNRS, au Laboratoire Charles Fabry de l'Institut d'optique (LCFIO)3, à Orsay, qui a montré que même réduite à un seul grain, la lumière reste une onde. Cette expérience met en jeu un photon unique et un dispositif permettant de séparer une onde en deux, les deux parties de cette dernière empruntant alors deux chemins distincts, avant leur recombinaison. Comme l'avaient montré dans les années 1980 Alain Aspect et Philippe Grangier, si le dispositif reste inactif, un photon unique se présentant à l'entrée est détecté en sortie comme ayant emprunté l'un ou l'autre chemin possibles. Normal, c'est une particule. Mais si l'appareil est mis en route, on observe à la sortie des « interférences » lumineuses que seule la recombinaison de deux ondes peut générer. Preuve que le photon a emprunté les deux chemins en même temps ! Comme l'explique Alain Aspect, « les propriétés des objets dépendent des appareils de mesure. Dans le premier cas, vous cherchez à savoir si le photon va d'un côté ou de l'autre : vous avez la réponse. Dans l'autre, vous cherchez à créer un phénomène d'interférence entre deux ondes : c'est ce que vous observez ! »
Sauf que dans la dernière version de cette expérience, mise en place cette année, les physiciens ont ajouté la subtilité suivante : ils ont d'abord laissé entrer le photon unique dans l'interféromètre, avant de décider d'activer ou pas le processus de recombinaison en sortie. Conclusion : la même que précédemment. Autrement dit, tout se passe comme si le photon avait adapté son comportement à l'entrée de l'appareil (emprunté un chemin ou l'autre, telle une particule, ou bien les deux chemins simultanément, comme une onde), en fonction d'une information fournie seulement plus tard (activer ou pas le dispositif de recombinaison). Pour Alain Aspect, « cette expérience, si elle s'interprète sans le moindre problème dans le formalisme de la mécanique quantique, met tout de même un peu mal à l'aise avec le principe selon lequel une cause doit précéder ses effets ».

La théorie en action
Qu'elles les surprennent ou pas, les physiciens ont appris à travailler avec les propriétés les plus délicates de la lumière. La preuve avec les récents travaux de Serge Haroche et son équipe, au Laboratoire Kastler Brossel (LKB)4, à Paris. Ainsi, lorsque l'on veut déterminer l'état d'un photon, sa polarisation5 par exemple, on doit accepter que la mesure, en même temps qu'elle nous renseigne, détruise irrémédiablement la particule. Devant faire avec cette contrainte, les physiciens sont tout de même parvenus à détecter la présence d'un photon dans une cavité sans le perturber. Comment ? En faisant traverser la cavité par des atomes de rubidium. Comme l'explique le physicien, « la présence d'un photon modifie légèrement une de leurs propriétés : la fréquence de la transition atomique, autrement dit la fréquence du passage de l'atome d'un état à l'autre. En mesurant cette dernière, on sait ainsi si un photon se trouve ou non dans la cavité sans le perturber ». De cette façon, les scientifiques sont parvenus à « observer » des photons pendant un dixième de seconde, soit le temps pour ceux-ci de rebondir un milliard de fois contre les parois de la cavité de 2,7 centimètres de côté, parcourant une distance comparable à la circonférence terrestre !
De leur côté, Philippe Grangier et son équipe sont récemment parvenus à créer un « chat de Schrödinger » avec une impulsion lumineuse, soit un paquet de photons dont le champ électrique associé prend simultanément deux valeurs, correspondant aux états « mort » et « vivant » du chat ! « Avec un photon unique, l'objet quantique par excellence, ça n'a rien d'extraordinaire, commente le chercheur. Mais avec une impulsion lumineuse, c'est autre chose. D'une certaine manière, en augmentant la taille du système considéré, nous nous rapprochons d'un chat véritable ! »

schéma boite

© LKB

Schéma de la « boîte à photons » dans laquelle l'équipe de Serge Haroche a observé des photons uniques sans les perturber, durant un dixième de seconde. Soit le temps pour le photon de parcourir une distance égale à la circonférence de la Terre en rebondissant sur les parois de la cavité.




Applications quantiques
Toutes ces expériences pourraient n'être que des prouesses fondamentales si les physiciens ne voyaient dans la possibilité de manipuler finement la lumière tout un champ d'applications possibles, comme le Graal des physiciens, l'ordinateur quantique. Pour battre des records de vitesse, celui-ci utiliserait les étonnantes propriétés de particules comme les photons. En effet, puisqu'un système quantique peut être dans différents états en même temps, cela permettrait d'avoir des unités d'information (des bits) qui ne vaudraient plus 0 ou 1 mais 0 et 1 à la fois. Cela augmenterait de manière exponentielle la vitesse de calcul, puisque toutes les combinaisons de 0 et de 1 seraient explorées simultanément. Mais on en est encore loin, alors que s'il est bien un domaine déjà en plein essor, c'est celui de la cryptographie quantique, dont l'enjeu est la possibilité d'utiliser les propriétés quantiques de la lumière pour envoyer des messages codés inviolables, via un réseau de télécommunications à fibres optiques. De quelle manière ? En encodant par exemple une suite de 0 et de 1 dans la polarisation droite ou gauche de photons. Comme l'explique Abdallah Ougazzaden, au laboratoire de l'unité mixte internationale Georgia Tech-CNRS, à Metz6, qui teste actuellement des réseaux pour des communications quantiques, « les lois de la mécanique quantique indiquent que l'on ne peut déterminer l'état d'un système sans modifier cet état. Donc si l'on code la clé d'un message dans un système quantique, tels des photons, on garantit que toute lecture du message clé par un espion, durant la transmission, sera automatiquement repérée. De plus, on peut évaluer la quantité d'information éventuellement dérobée ».
Plusieurs systèmes de cryptographie quantique ont déjà été commercialisés, qui sont essentiellement utilisés par les banques ou les militaires. Mais ils ne sont souvent efficaces que pour des communications ne dépassant pas la centaine de kilomètres. Pour aller au-delà, les physiciens apprennent à domestiquer une propriété encore plus étrange des systèmes quantiques : l'intrication, un phénomène prouvé au début des années 1980 par Alain Aspect. Soit la possibilité de lier plusieurs objets quantiques (des photons par exemple), de telle manière que toute modification sur l'un se traduise instantanément par une modification sur les autres, quelle que soit la distance qui les sépare. Comme si plusieurs objets ne faisaient qu'un. « En utilisant des photons intriqués, on garantit l'inviolabilité d'un message sur une très grande distance », indique Philippe Grangier. Pour l'heure de tels systèmes sont testés en laboratoire. Mais la révolution est bel et bien en marche.

Mathieu Grousson

Les solides en lumière

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© F. Chevy

Pour comprendre le comportement d'électrons dans un solide, les chercheurs observent dans une matrice de lumière des atomes refroidis. Ici, le passage d'un état à un autre.



Depuis quelques années, les spécialistes de la lumière viennent en aide aux physiciens de la matière condensée, qui s'intéressent aux phénomènes complexes liés aux électrons dans les solides. Que ce soit expérimentalement ou sur le papier, certains de ces mécanismes sont en effet toujours inexpliqués. Alors pour mieux les comprendre, les chercheurs simulent désormais le comportement d'électrons dans un solide : pour jouer le rôle de ces particules fugitives, ils utilisent des atomes refroidis (et donc ralentis) dans le champ électromagnétique d'un laser. La géométrie de celui-ci est façonnée de manière à mimer les interactions rencontrées par les électrons dans un solide. Grâce aux atomes froids, plusieurs questions de matière condensée ont déjà reçu un nouvel éclairage. « Prochainement, nous espérons étudier de cette façon la question de la supraconductivité1 dite à haute température critique, un phénomène dont l'origine est controversée », indique Jean Dalibard, au Laboratoire Kastler Brossel, à Paris. De leur côté, Alain Aspect et Philippe Bouyer, à l'Institut d'optique, à Orsay, sont à la recherche d'un phénomène appelé localisation d'Anderson, lié aux interactions entre électrons dans un milieu désordonné, et très difficile à observer dans un solide.

Le Chaînon manquant et l'homme de Piltdown

Depuis la publication de L’origine des espèces par la sélection naturelle de Charles Darwin , on présente souvent l'évolution humaine comme une finalité...
Comme si les 7 milliards d'années de la terre étaient uniquement là pour "fabriquer" l'homme...
L'homo sapiens n'est pourtant pas présent depuis très longtemps sur terre... 120 000 années ce qui est très peu à l'échelle de la terre, de la vie, et même des hominidés... !
Man to man,

Un film de Régis Wargnier.
Un ethnologue écossais capture des pygmées afin de prouver sa théorie du chainon manquant ... mais...

Une évolution directe du singe à l'homme en passant par le chaînon manquant ?


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Voici le type d'image que nous avons tous en tête...
Dans l'imaginaire populaire il est fréquent de présenter l'évolution en démarrant d'un singe qui, progressivement, se redresse. Au fur et à mesure qu'il adopte une posture humaine, il perd ses poils, redresse la tête et marche sur ses jambes en délaissant ses mains pour se déplacer (quadrupédie ou knuckle-walking ).

L 'humanisation du chimpanzé en quelque sorte ! C'est le moment où le singe se transforme en homme: le fameux chaînon manquant !
Nous aimerions penser qu'il existe un être mi-homme, mi-singe pour faire la liaison. Mais cet être n'existe pas et nous devons plutôt chercher un mélange mi-pré-homme et pré-singe (voir Le dernier ancêtre commun, de Pascal Picq).


Une pléiade d'ancêtre
Cette image du "singe qui se redresse" n'est pas innocente... elle fait passer le message que si l'homme a des traits communs avec les grands singes, c'est une espèce qui a évolué et qui n'a plus rien à voir avec nos cousins simiesques...
Cette évolution linéaire tournée vers l'homme est fausse: nous savons maintenant que l'évolution humaine est buissonnante (voir schéma ci-contre) avec des branches mortes, des embranchements inconnus, des ancêtres perdus...
Notre arbre généalogique est fourni et nos ancêtres sont nombreux.



Une évolution buissonante des hominidés
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Le chaînon manquant n'existe pas !
C'est une vue de l'esprit, sans fondement. Pour Pascal Picq nous avons des ancêtres avec les grands singes mais nous ne descendons pas en ligne directe...
"Le chaînon manquant. Cette chimère - un corps de grand singe et une tête d'homme - est une invention destinée à rassurer notre ego, blessé par Darwin qui avait mis en lumière notre parenté avec les singes. Elle a mené à l'une des plus célèbres fraudes de la paléontologie: l'homme de Piltown, un crâne humain de gros volume associé à une mâchoire de singe, que l'on a fait passer pour notre ancêtre."

"... on ne peut plus ignorer ce que sont les grands singes pour travailler sur le propre de l'homme et pour la reconstitution de nos origines communes. Il n'y a donc plus de chaînon manquant. Il y a des derniers ancêtres communs. Il faut qu'éthologues, philosophes, anthropologues, épistomologues interviennent dans ce débat..."


L'homme de Piltdown
Un chaînon manquant plus que parfait !
Découvert en 1812 par Charles Dawson et Arthur Smith Woodward, Eanthropus Dawsoni est l'un des faux les plus célèbres de la paléoanthropologie. Ce crâne mélangeait "habilement" la calotte crânienne d'un homme et une mâchoire d'orang-outan... Il aura fallu 147 ans (1959) pour que la supercherie soit prouvée par une étude au Carbone14.
Le coupable n'est pas trouvé: Dawson, Woodward mais aussi Pierre Teilhard de Chardin ou Sir Arthur Conan Doyle font partie des suspects !
Si on hésite encore sur le mobile (mysthification scientifique, blague d'étudiant...) il est par contre évident que cette trouvaille a longtemps fait office de chaînon manquant !

lundi 1 décembre 2008

Réchauffement climatique:le Soleil en cause ?

© Pierre Auger Observatory

N’en déplaise aux climatosceptiques, les données recueillies à ce jour montrent que la part du Soleil dans le réchauffement actuel est négligeable. Mais les mécanismes internes de notre étoile sont encore largement incompris.

Et si c’était lui ? Dans le contexte du réchauffement actuel de la Terre, le Soleil est régulièrement pointé du doigt. Certains scientifiques dits « climatosceptiques », se demandent notamment si les variations de sa luminosité n’expliqueraient pas l’élévation de température observée depuis un siècle.

Que le rayonnement solaire influence notre climat, nul n’en doute. La question est toutefois de savoir dans quelles proportions. Selon les conclusions du dernier rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), publié en 2007, il apparaît que la composante solaire dans le réchauffement est très minoritaire. De l’ordre de 10 % d’après une publication récente.

Lutte idéologique

Pourquoi une telle polémique dans ce cas ? A n’en pas douter, les enjeux socio-économiques tendent à transformer ce débat scientifique complexe en une lutte idéologique médiatisée, occultant la faiblesse de certains raisonnements. Mais il faut bien admettre que la mesure des variations de l’activité du Soleil n’est pas une mince affaire.

En fusionnant les données d’au moins six expériences spatiales, trois équipes concurrentes, suisse, belge et américaine, ont par exemple obtenu trois reconstitutions de l’éclairement solaire différentes ! Chaque instrument ayant sa propre dérive, et chaque équipe sa façon de la corriger.

En outre, les premières mesures systématiques du rayonnement solaire n’ont débuté qu’en 1978, avec les premières missions spatiales conçues dans ce but. A plus long terme, sur quelques siècles, la reconstruction de l’histoire de l’éclairement solaire est plus difficile, et passe par des indicateurs indirects. Ce sont entre autres les isotopes cosmogéniques, ces atomes comme le carbone-14, le béryllium-10 ou le chlore-36, dont la production dans l’atmophère dépend du champ magnétique du Soleil et du champ magnétique d’origine interne de la Terre.

Rôle des ultraviolets

Mais l’éclairement du Soleil n’est pas le seul paramètre à analyser. Il faut en effet prendre en compte toute la subtilité du spectre lumineux du Soleil. Les rayons ultraviolets, par exemple, ionisent la haute atmosphère, entraînent la production d’ozone dans la stratosphère et provoquent des réactions chimiques elles-mêmes productrices de chaleur. Pour autant, on ne sait pas encore quantifier ces effets au niveau du sol.

Une autre voie consiste à comprendre l’origine des fluctuations de notre étoile. Certes, la connaissance du Soleil a énormément avancé, en particulier grâce au satellite européen SOHO, mais aucun modèle standard n’est pour l’heure capable de générer de lui-même le cycle d’activité solaire de onze ans et ses taches, ni la variation de 0,1 % du rayonnement observée.

Ce constat reflète également un autre écueil. Jusqu’ici, la modélisation du Soleil a en effet été réalisée par deux communautés d’astrophysiciens qui n’interagissaient pas du tout. D’un côté ceux qui font appel à un modèle fondé sur la production et la propagation de l’énergie. De l’autre, ceux qui cherchent à comprendre les phénomènes de surface liés aux fluctuations du champ magnétique externe. Or les deux approches ont besoin l’une de l’autre.

D’ici cinq ans, nous devrions toutefois être en mesure d’ajuster les modèles grâce aux prochaines expériences spatiales. En attendant, la communauté scientifique ne pourra pas vraiment quantifier toute l’influence du Soleil sur la Terre et prétendre la prédire. Il y a donc urgence à fournir ces informations pour faire taire les discours simplistes et conservateurs.

vendredi 28 novembre 2008

La fécondation naturelle et les premiers jours de l’embryon


Comprendre les différents stades du développement embryonnaire et en particulier ceux qui précèdent et suivent la fécondation permet d’appréhender la complexité de cette étape de la reproduction humaine et d’aborder les domaines de recherche qui s’y rattachent. Les scientifiques qui travaillent depuis très longtemps sur ces questions ont acquis des connaissances fondamentales sans lesquelles certaines avancées récentes, en particulier dans la prise en charge de certaines formes de stérilité, n’auraient pu aboutir.

Pour des futurs parents, la première image visible de l’embryon est bien souvent celle qui apparaît sur l’écran lors d’une échographie au cours du premier trimestre de la grossesse. Dès la fin de la troisième semaine de grossesse, un embryon d’une longueur de deux millimètres environ peut être visible avec une activité cardiaque. Il devra encore subir de nombreuses transformations avant la naissance d’un bébé, mais les évènements qui ont eu lieu avant et au décours de la fécondation sont tout aussi fondamentaux.

Bien avant la fécondation proprement dite et immédiatement après, plusieurs évènements doivent se succéder : la fabrication des gamètes,






Spermatozoïdes et ovocytes

En premier lieu, il faut que les gamètes ou cellules reproductrices, appelées spermatozoïdes et ovocytes dans l’espèce humaine, soient présents.

Chez l’homme, la fabrication des spermatozoïdes débute dans les testicules à l’adolescence et se poursuit en principe toute la vie. Cette « production » ou spermatogénèse se déroule dans les tubes séminifères des testicules à partir de cellules souches ou spermatogonies. Elle se produit dans la paroi des tubes durant 74 jours avant que les spermatozoïdes soient libérés dans le centre de ces tubes séminifères. A ce stade, ils contiennent leur matériel génétique adéquat, soit 23 chromosomes, mais ils ne possèdent pas encore toute leur mobilité ni tout leur pouvoir fécondant. Ce n’est que lors de leur cheminement dans l’épididyme, où ils sont stockés entre deux éjaculations, qu’ils vont acquérir leur pleine maturité. Les spermatozoïdes ne constituent qu’une petite partie du volume d’un éjaculat (2,5 ml en moyenne) : la part la plus importante est constituée du plasma séminal provenant des vésicules séminales et du liquide séminal secrété par la prostate.

Chez la femme, la maturation des gamètes ou ovocytes, se produit dans les ovaires à partir d’un stock constitué au cours de la vie intra-utérine. Leur nombre maximum, de l’ordre de 7 millions est atteint au 3ème trimestre de la grossesse. A partir de ce stade, cette population d’ovocytes diminue progressivement : à la puberté, il n’en reste que 400 000 et quelques milliers seulement juste avant la ménopause. Dans les ovaires, les ovocytes sont entourés de cellules folliculaires qui se transforment également. L’ensemble forme un follicule. De la puberté à la ménopause, au cours de chaque cycle ovulatoire, un follicule mature se rompt et libère un ovocyte qui contient encore 46 chromosomes. La moitié sera expulsée lors du contact avec un spermatozoïde, rendant possible la fécondation. Ce follicule dominant a débuté son ultime développement 85 jours avant l’ovulation, accompagné au départ de nombreux autres follicules, l’ensemble formant une cohorte. Seul le follicule dominant atteint la maturité. Les autres stoppent leur croissance à différents stades.

Long is the road : le cheminement des gamètes

Si le rapport sexuel a lieu durant une période de fertilité, les 200 à 300 millions de spermatozoïdes qui sont déposés au fond du vagin après l’éjaculation rencontrent un milieu favorable. Les plus mobiles d’entre eux vont pouvoir remonter dans le canal cervical de l’utérus grâce à la glaire qui leur assure survie et capacité de migration. Les quelques centaines de spermatozoïdes qui cheminent dans la trompe ont acquis, après la traversée de la cavité utérine, leur pouvoir fécondant : c’est la capacitation. Ils sont attirés vers une portion dilatée de la trompe, l’ampoule, où se situe l’ovocyte entouré d’un amas cellulaire : le cumulus.

L’extrémité de la trompe est en effet pourvue de franges destinées à capter l’ovocyte expulsé par un ovaire. Au cours des dernières heures qui précèdent l’ovulation proprement dite, le follicule dominant, qui mesure de 16 à 20 mm de diamètre, déforme la surface d’un des ovaires. Il a reçu des stimulations hormonales majeures rendant l’ovocyte apte à être fécondé. Elles permettent la rupture de la paroi folliculaire et l’expulsion de l’ovocyte qui ne possède une durée de vie que de 8 à 10 heures.

La fécondation

Dans la trompe, les spermatozoïdes capacités traversent les cellules du cumulus et viennent adhérer à une deuxième barrière cellulaire entourant l’ovocyte : la zone pellucide. Ceci entraîne une réaction au niveau de la tête de certains spermatozoïdes qui vont libérer des enzymes leur permettant de franchir la zone pellucide. Le premier spermatozoïde qui va la traverser fusionne avec la membrane cellulaire de l’ovocyte, ce qui provoque en quelques secondes l’activation de l’ovocyte. Elle se traduit par de nombreuses réactions avec des conséquences majeures :

* Une transformation chimique de la zone pellucide qui devient ainsi imperméable aux spermatozoïdes. La monospermie est respectée ;
* L’expulsion du 2ème globule polaire qui fait désormais de l’ovocyte une cellule haploïde, c’est à dire contenant 23 chromosomes ;
* La phagocytose du spermatozoïde qui permet à ses 23 chromosomes de pénétrer à l’intérieur de l’ovocyte qui devient un oeuf.

Le matériel chromosomique provenant des deux parents est encore distinct à ce stade. Il est contenu dans deux formations appelées pronucléus qui vont migrer l’une vers l’autre au centre de l’oeuf, guidées par des microfilaments. Les chromosomes paternels et maternels s’apparient alors (le chromosome n°1 du père avec le chromosome n°1 de la mère, et ainsi de suite) et un nouvel ensemble chromosomique est alors formé : il s’agit du patrimoine génétique totalement original d’un nouvel individu. Son sexe génétique est d’ores et déjà déterminé : si parmi les 23 chromosomes paternels introduits dans l’oeuf par le spermatozoïde figure le Y, c’est un futur garçon qui vient d’être créé. Si c’est un X qui est apporté par le père, c’est une petite fille qui naîtra dans neuf mois puisque l’autre chromosome sexuel provenant de la mère est obligatoirement un X.

L’oeuf, qui possède alors 23 paires de chromosomes est dit diploïde et la fécondation est terminée. La première division cellulaire, ou mitose, qui permet d’obtenir une deuxième cellule identique à la première, survient peu de temps après. Ainsi apparaît un nouvel embryon à deux cellules. Ces deux cellules vont à leur tour se diviser pour en donner quatre et ainsi de suite...



La segmentation

Les cellules qui se divisent rapidement possèdent le même patrimoine génétique. Jusqu’au 3ème jour après la fécondation, ces cellules, une dizaine environ, sont dites totipotentes. Cela signifie que chacune d’entre elles prise isolément peut reprendre sa division et fournir un embryon complet. Lorsque, à ce stade, l’ensemble cellulaire provenant de la fécondation se scinde spontanément en deux, une grossesse gémellaire peut survenir, avec dans ce cas des jumeaux homozygotes (ou vrais jumeaux).

A ce stade, l’embryon apparaît au microscope comme un amas dense de cellules de petite taille. Il a déjà cheminé dans la trompe en direction de l’utérus. Au 4ème-5ème jour, l’ensemble, qui porte le nom de morula, est formé d’une trentaine de cellules appelées blastomères. Il arrive à proximité de la cavité utérine.

A partir du 5ème-6ème jour, l’aspect microscopique de l’embryon change car les cellules commencent à se différencier pour former un blastocyste. Les cellules en périphérie forment le trophoblaste qui est à l’origine des annexes embryonnaires (placenta et membranes). Le centre de l’oeuf se creuse pour former une cavité remplie de liquide et le reste des cellules embryonnaires se concentre à un de ses pôles et forme le bouton embryonnaire. C’est à ce niveau que les couches cellulaires vont poursuivre leur différenciation pour progressivement constituer les divers tissus de l’embryon.

Cette transformation se fait alors que l’oeuf est encore dans la trompe. Il va pouvoir alors entrer dans la cavité utérine.

L’implantation



Six jours après la fécondation, alors que l’oeuf est dans la cavité utérine, la membrane pellucide, qui l’entoure encore complètement, se rompt. Le blastocyste en sort et les cellules du trophoblaste qui sont à sa surface vont entrer en contact avec la muqueuse de l’utérus : l’endomètre. Durant quelques jours, ces cellules trophoblastiques se multiplient et s’incrustent en profondeur dans l’endomètre afin de mettre en place, avec l’organisme maternel, les échanges nécessaires au développement de l’embryon. Il s’agit d’une véritable greffe qui ne peut réussir que grâce à l’action "anti-rejet" du trophoblaste qui tend à "masquer" les antigènes embryonnaires. Sans cette action, l’embryon qui a un patrimoine génétique différent de celui de sa mère, devrait être reconnu comme un corps étranger et rejeté par le système immunitaire maternel.

Pour que cette implantation réussisse, il faut aussi que l’endomètre soit prêt à se laisser coloniser par le trophoblaste embryonnaire : l’implantation ne peut en effet se faire au cours d’un cycle normal qu’aux alentours du 21ème jour, lorsque la muqueuse a reçu les stimulations hormonales idéales, essentiellement par les oestrogènes dans un premier temps, puis par la progestérone.

L’envahissement de l’endomètre par le trophoblaste aboutit en quelques jours à un équilibre qui se traduit par le développement d’un élément primordial pour le bon déroulement de la grossesse débutante : le placenta. Il permet les nombreux échanges mère/foetus mais également la synthèse d’hormones. Durant ce temps, l’embryon se développe avec l’apparition de la cavité amniotique. A la fin de la troisième semaine après la fécondation, il mesure environ deux millimètres et un coeur embryonnaire assure déjà la circulation sanguine primitive. Ses battements peuvent alors être détectés en échographie. Ils signent la présence d’une grossesse évolutive.

mardi 25 novembre 2008

LHC: le nouvel accélérateur du CERN

L’accélérateur de particules le plus puissant au monde

Connaître la composition de la matière à l’échelle de l’infiniment petit ou les instants primordiaux de notre univers, tels sont les enjeux de l’accélérateur de particules actuellement en construction au CERN près de Genève, à 100 m sous terre. Après dix ans de travaux, le Grand collisionneur de hadrons (ou LHC pour Large Hadron Collider) sera bientôt prêt à accueillir des chercheurs de la terre entière pour réaliser des expériences qui permettront sans doute de révolutionner notre compréhension de la nature. Ce dispositif d’une grande complexité , qui a coûté 3 milliards d’euros, s’étend le long d’une boucle souterraine de 27 km de circonférence, dans laquelle des protons (ou des ions dans certains cas) voyageront à une vitesse proche de celle de la lumière. C’est du choc frontal de ces particules, dégageant une énergie faramineuse, que pourront émerger les réponses à bon nombre de questions : d’où vient la masse des particules, pourquoi l’antimatière a-t-elle disparu, quelles étaient les particules présentes dans l’univers primordial ? … et autant de découvertes inattendues pour une nouvelle ère de la physique.

Coupe du LHC


Le LHC : pour quoi faire ?

Quand la théorie précède l’expérience

L’obstination des hommes à vouloir comprendre et décrire la nature ne date pas d’hier. Déjà, à l’Antiquité, le philosophe grec Démocrite imaginait la notion de particule élémentaire, une minuscule structure indivisible à l’origine de toute matière. Faute de pouvoir tester cette hypothèse par l’observation directe, de longs siècles d’attente ont été nécessaires avant la mise au point d’instruments suffisamment performants pour pallier les limites de nos cinq sens et plonger au coeur de l’atome. La science de l’infiniment petit, contrairement à d’autres pans de la physique comme la mécanique, a donc vu émerger des théories spéculatives, souvent associées à des considérations philosophiques, et qui ne pouvaient pas être vérifiées par l’expérience. C’est au XXème siècle que tout bascule avec l’avènement de la physique quantique et la construction des premiers accélérateurs de particules.

Le Graal des physiciens

Aujourd’hui, la thèse qui prévaut au sein de la communauté scientifique consiste à décrire la matière comme un édifice de briques (les fermions) et de médiateurs de forces assimilables à du ciment (les bosons) construit selon un modèle « standard » décrivant toutes les interactions fondamentales à l’échelle microscopique. Les fermions sont donc liés entre eux par des forces gigantesques véhiculées par les bosons. Par la collision frontale de deux éléments lancés à grande vitesse, un accélérateur de particules est capable d’apporter suffisamment d’énergie pour mettre la matière en miettes et détecter ainsi les particules ultimes. Un des grands défis du LHC sera de mettre en évidence une particule présupposée, le boson de Higgs , clé de voûte du modèle standard. De nombreux scientifiques attendent avec enthousiasme et fébrilité la découverte de ce fameux boson. Si le LHC ne parvient pas à le trouver, ou identifie d’autres particules inattendues, le visage de la physique contemporaine pourrait s’en trouver bouleversé.

Les questions sur l’infiniment petit rejoignent celles sur l’infiniment lointain

La recherche du boson de Higgs n’est pas la seule vocation du LHC. La matière qui nous entoure ne constitue qu’une petite partie de l’univers, 4 % seulement. Le nouvel accélérateur donnera peut-être des réponses sur la composition de la matière noire et de l’énergie sombre supposées remplir pas moins de 96 % du cosmos ! En outre, le LHC aura pour mission de reproduire les conditions primordiales de l’univers, soit les instants qui ont succédé au Big Bang il y a environ 15 milliards d’années. Les chercheurs espèrent trouver des particules inédites, qui n’existent plus aujourd’hui, et comprendre pourquoi l’antimatière, la soeur jumelle de la matière alors créée en même quantité, a presque totalement disparu. Autre rôle du LHC : chercher des indices pour valider une théorie concurrente au modèle standard, baptisée théorie des cordes, qui postule l’existence de six dimensions spatiales supplémentaires aux trois que nous connaissons déjà.

vue générale LHC

Un dispositif gigantesque pour pister de toutes petites particules

CMS La conception du LHC remonte aux années 1980, mais il a fallu attendre 14 ans avant que sa construction soit approuvée par le conseil du CERN. Les travaux, démarrés en 1998, ont consisté à creuser une série de cavités pour accueillir les détecteurs, des instruments d’une précision inégalée destinés à suivre à la trace les produits de la collision frontale de deux faisceaux de protons. Inutile de construire l’anneau de 27 km où circuleront ces protons, il existe déjà. En effet, le LHC utilisera la boucle du LEP (Large Electron Positron), un accélérateur d’une génération antérieure avec lequel les scientifiques ont fait de belles découvertes. En particulier, des collisions entre électrons et positons ont permis d’y observer pour la première fois en 1983 les bosons W et Z, deux particules prévues par le modèle standard. L’énergie atteinte dans cet accélérateur d’ancienne génération était toutefois plus de 30 fois inférieure à celle des protons qui parcourront le LHC, ce qui s’avère insuffisant pour détecter le boson de Higgs.

Des boucles accélératrices de plus en plus grandes

Avant d’être injectés dans le LHC, les protons subiront une accélération progressive dans des boucles de plus en plus longues. La première, appelée booster, augmentera l’énergie des particules jusqu’à 1,4 GeV*. Les protons seront ensuite injectés dans deux synchrotrons successifs, portant leur énergie à 25, puis à 450 GeV. Ils seront alors prêts pour subir l’accélération ultime dans la dernière boucle, celle du LHC proprement dite, longue de 27 km! Leur vitesse se rapprochera alors de celle de la lumière, soit 299 800 km/sec, correspondant à une énergie de 7 TeV**. Lors de la collision frontale de deux protons, l’énergie dégagée atteindra ainsi 14 TeV, un record mondial. La prouesse ne sera pas tant de parvenir à une énergie aussi élevée (un moustique en plein vol véhicule une énergie de 1 TeV …), mais de la concentrer dans un espace aussi réduit (à un million de million de fois plus petit qu’un moustique !).
* 1 GeV= 109 eV (electron-volt)= 1,6 10-10 joule
** 1 TeV= 1000 GeV

Des aimants pour focaliser les faisceaux

Aimant LHC B Les deux faisceaux de protons destinés à entrer en collision circuleront en sens opposé dans des tubes distincts placés sous un vide très poussé. Ils seront guidés sur leur trajectoire circulaire par un champ magnétique puissant (jusqu’à 9 teslas), généré par des électroaimants refroidis à -271 °C de façon à atteindre à l’état supraconducteur pour lequel l’électricité circule sans aucune perte d’énergie. 1234 aimants dipolaires, longs de 15 m, courberont la trajectoire des faisceaux et 392 aimants quadripolaires, long de 5 à 7 m, concentreront les faisceaux. Tout est fait pour augmenter la probabilité d’une collision. Et la précision est de mise. En effet, la taille des particules est très faible, comparée à la longueur de l’anneau. Imaginez, il est aussi difficile de faire entrer en collision deux protons dans le LHC que de lancer deux aiguilles éloignées de 10 km, l’une contre l’autre !

Des détecteurs ultra sensibles

Des détecteurs d’une technicité inégalée, placés dans des cavités le long de la boucle à chaque point de croisement des deux faisceaux, enregistreront les données utiles aux physiciens, c’est à dire la trajectoire des particules créées après la collision, leur nature et leur masse. Dotés de systèmes électroniques mesurant le temps de passage d’un élément à quelques milliardièmes de seconde près, ces instruments gigantesques (22 m de diamètre pour ATLAS) suivront les particules à la trace avec une précision de l’ordre du millionième de mètre. Ils enregistreront un million d’évènements par seconde.



Zoom sur le plus grand défi du LHC

Boson de Higgs : la course contre la montre

boson de higgs La recherche du boson de Higgs sera sans conteste le sujet le plus brûlant du LHC. Il ne s’agit pas moins que de trouver la preuve ultime de la validité du modèle standard, l’enjeu est donc de taille ! Cette particule a été imaginée en 1964 par le physicien écossais Peter Higgs pour compléter l’édifice du modèle standard qui était alors encore un peu bancal. Cette dernière pièce du puzzle bouclait ainsi la construction théorique du modèle.
Le rôle du boson de Higgs, s’il existe, est de donner une masse à toutes les particules élémentaires. Jusqu’à présent, aucun accélérateur n’a été assez sensible pour le détecter. L’ancêtre du LHC au CERN, le LEP, n’est pourtant pas passé bien loin. Il y a dix ans, un signal pouvant correspondre à la signature de cette particule était enregistré. Mais ce résultat, incomplet, demandait à être reproduit pour acquérir une statistique suffisante. Après le démantèlement du LEP, les chercheurs américains de l’accélérateur Tevatron au Fermilab (près de Chicago) ont repris le flambeau. Bien que l’énergie des collisions dans ces installations (1,8 TeV) soit loin d’égaliser celle prévue au LHC (14 TeV), les expériences du Tevatron sont opérationnelles et fournissent actuellement des données en continu pour la recherche de ce boson mystérieux. Comme le souligne Michel Davier, professeur à l’université Paris-Sud 11 et membre de l’Académie des sciences, même si le LHC sera une bien meilleure source de bosons de Higgs, il se pourrait que les Américains dament le pion aux Européens en découvrant in extremis cette particule avant la mise en service du LHC. La course est donc lancée.


Découvrez également le site du LHC FRANCE

Le site lhc-france.fr du CNRS et du CEA est le premier site francophone entièrement dédié au projet LHC du Cern. Tous les aspects de cette réalisation titanesque y sont évoqués à travers des animations, videos et photos: les enjeux scientifiques, les défis de l’accélérateur, les détecteurs, la grille de calcul, l’aventure humaine et la place importante de la France dans cette entreprise planétaire. Ce site rend également compte de la participation du CNRS et du CEA au projet. Retrouvez les actualités du LHC et tous les mois, la BD du LHC, chronique dessinée par Lison Bernet.

Le LHC en chiffres

• Un anneau de 26 659 m de circonférence enterré à une profondeur comprise entre 50 et 175 m (100 m en moyenne).
• Vitesse des protons : 99,9999991 % de la vitesse de la lumière ; chaque particule effectuera plus de 11 000 tours par seconde dans l’anneau !
• Collisions frontales de 14 TeV.
• Pression interne de 10 -13 atm (ultravide), soit dix fois moins que sur la lune.
• 9300 aimants refroidis à -271.3 °C par 60 tonnes d’hélium liquide ; le système d’aimantation contient 10 000 tonnes de fer, soit plus que pour la tour Eiffel.
• 400 lentilles magnétiques pour focaliser les faisceaux
• Les données de chaque expérience pourraient remplir 100 000 DVD chaque année.
• Durée de vie du LHC : environ 15 ans.

Atlas








Le prix Nobel de physique 2007: la magnétorésistance géante

Le prix Nobel de physique 2007: la magnétorésistance géante

nobel Généralement, le prix Nobel de physique est relatif à des travaux dont les retombées pratiques par rapport aux préoccupations du public et de la société sont très lointains ou très indirects. Pourtant, ces dernières années, à deux reprises, ce prix a couronné des travaux par lesquels le public, le commerce, l’industrie… sont directement concernés. En effet, le prix Nobel de 2000 est venu récompenser l’invention du « circuit intégré » - encore appelé « puce électronique » - omniprésent de nos jours et sans lequel nos ordinateurs, nos téléphones portables, cartes bancaires… n’auraient jamais vu le jour ; le prix Nobel 2007 a couronné la découverte en 1988 d’un effet magnétique - appelé magnétorésistance géante - qui a permis en dix ans d’augmenter de manière fulgurante la densité de stockage des disques durs des ordinateurs, qui atteint aujourd’hui 20 giga-bits/cm2 ! L’informatique a constitué ainsi l’enjeu principal de ces deux prix Nobel à retombées publiques.


Qu’est-ce que la magnétorésistance ?

La résistance électrique est une grandeur avec laquelle les écoliers sont familiers et dont les adultes non scientifiques conservent généralement un vague souvenir. Cela évoque chez petits et grands la « loi d’Ohm » ou U = R.I : qui relie la tension U (exprimée en volts) appliquée aux bornes d’un conducteur, à l’intensité I (en ampère) qui le parcourt. Moins le conducteur résiste et plus cette intensité est élevée. Rappelons que l’intensité exprime le nombre de charges électriques qui franchissent toutes les secondes une section du conducteur : environ 6.1018 électrons par seconde franchissent une section d’un fil électrique parcouru par un courant de un ampère. La résistance électrique R - coefficient de proportionnalité entre U et I - est finalement une notion intuitive que l’on pourrait résumer ainsi : « plus la résistance est élevée, et moins il y a de courant qui passe ». Dans la mesure où un champ magnétique convenablement orienté peut courber la trajectoire des électrons, on peut concevoir qu’un tel champ puisse modifier la résistance électrique qu’offre un conducteur au passage du courant : on parle de magnétorésistance. Et en effet, ce phénomène a été découvert en 1857 par William Thomson (1824-1907), plus connu sous le nom de Lord Kelvin. Sachant que la résistance électrique d’un matériau peut changer de quelques pourcents en fonction du champ magnétique auquel il est soumis, il est facile d’imaginer un dispositif permettant de déterminer la valeur d’un champ magnétique à travers la mesure d’une résistance électrique. Effectivement de tels instruments de mesure, détecteurs, et capteurs ont vu le jour après la découverte de Kelvin. A la fin des années 1980, soit après 130 ans de recherches théoriques et appliquées relatives à la magnétorésistance, il était communément admis qu’aucun progrès supplémentaire ne permettrait dans un avenir proche d’améliorer les performances des capteurs à magnétorésistance. Aussi, des articles pessimistes partageant cette opinion étaient publiés à cette époque dans des journaux faisant autorité.

La magnétorésistance géante

Chose extraordinaire, en 1988, dans cette atmosphère pessimiste, le Français Albert Fert, alors âgé de 50 ans, et indépendamment de lui l’Allemand Peter Gruenberg, 49 ans, font une découverte totalement inattendue, impensable : une variation de résistance très importante, d’environ 50 %, est mise en évidence dans… une multicouche magnétique, une sorte de « millefeuilles » de laboratoire très spécial qu’étudiaient les deux physiciens des solides depuis de longues années. Plus précisément, une telle multicouche est constituée d’un empilement de couches métalliques - de quelques nanomètres d’épaisseur - alternativement ferromagnétiques (fer, cobalt, nickel) et non-magnétiques (chrome, cuivre…). Ce nouveau phénomène découvert par Fert et Gruenberg est baptisé tout naturellement magnétorésistance géante ou GMR en anglais pour Giant magnetoresistance. Nous allons le voir, cet effet résulte de l’influence du spin de l’électron sur la conduction électrique, dans certaines conditions : si l’électricité, ou l’électronique, font intervenir la charge de l’électron, la spintronique (à laquelle a conduit la GMR) fait intervenir le spin de l’électron.

albert fertAlbert Fert

La physique de la GMR

La physique en jeu dans cette toute nouvelle forme de magnétorésistance repose sur deux phénomènes distincts :
- le mouvement des électrons à travers les couches magnétiques en fonction de leur spin,
- l’orientation relative des aimantations des couches magnétiques.


grunbergPeter Gruenberg

Les électrons et leur spin

Avec la naissance de la mécanique quantique dans les années 1920, les physiciens ont pu montrer théoriquement et expérimentalement que l’électron se comporte comme un minuscule aimant : il possède ce que l’on appelle un « moment magnétique » ou « spin » que l’on représente traditionnellement à l’aide d’une flèche indiquant l’orientation de ce champ magnétique. Au cours des années 1970 Albert Fert avait étudié la manière dont les électrons se déplacent, diffusent, dans une couche aimantée en fonction de l’orientation de leur propre « aimantation » ou spin. Il avait montré que la résistance que rencontre un électron qui traverse une couche aimantée dépend de l’orientation de son spin par rapport à celle de l’aimantation de la couche. On peut ranger en deux moitiés les électrons d’un courant électronique traversant une couche aimantée : ceux dont le spin est dans le même sens que l’aimantation de la couche ou « spin parallèle », et ceux dont l’aimantation est en sens opposé ou « spin antiparallèle ». On observe ainsi deux courants électriques indépendants qui traversent la couche magnétique : les intensités respectives de ces deux courants d’électrons peuvent être dans un rapport dix. Dans la pratique, quelle que soit l’orientation de la couche, statistiquement, 50 % des spins électroniques sont « bien » orientés et ces électrons passent, 50 % sont « mal » orientés et sont bloqués. Ainsi, une fine couche magnétique placée sur le trajet d’un courant d’électrons « filtre » les spins : elle laisse passer principalement un seul type de porteur, par exemple ceux dont le spin est parallèle à son aimantation, et bloque majoritairement les autres. Autrement dit, on peut « polariser en spin » un courant en interposant sur son passage une fine couche magnétique

Aimantations dans une multicouche

Dans une multicouche magnétique non soumise à un champ magnétique externe, deux couches aimantées successives (séparées par une couche non magnétique) interagissent et s’orientent naturellement en sens opposés, en « configuration antiparallèle », à la manière de deux barreaux aimantés placés côte à côte qui se positionnent tête-bêche. La configuration antiparallèle des couches magnétiques étudiée par Peter Gruenberg dans les années 1980, conjuguée au comportement spin-dépendant des électrons traversant une couche aimantée, permet d’expliquer la GMR.

La GMR expliquée

D’une part, nous savons grâce aux travaux de Albert Fert que seule la moitié des électrons possédant un spin « bien » orienté peut facilement traverser une couche aimantée. D’autre part, grâce à Peter Gruenberg, nous savons que dans une multicouche, deux couches aimantées successives sont naturellement orientées de manière antiparallèle. De ces deux faits on peut conclure que la résistance d’une multicouche magnétique est nécessairement grande. En effet, la moitié des électrons rencontre une forte résistance en traversant la première couche magnétique ; l’autre moitié, peu gênée lors de la traversée de la première couche, rencontre toutefois une forte résistance lorsqu’elle aborde la deuxième couche. Autrement dit, si ce n’est pas la première couche qui oppose une grande résistance, c’est la deuxième qui le fera, puisque ces deux couches sont orientées en sens opposés. Ainsi, en configuration antiparallèle, 100 % des électrons rencontrent une grande résistance. Supposons à présent qu’à l’aide d’un champ magnétique externe, on oriente les couches magnétiques d’une multicouche en configuration parallèle. Dans cette situation, seule la moitié des électrons rencontrera une grande résistance, l’autre moitié traversera facilement la multicouche. Ainsi, la résistance d’une multicouche magnétique chute fortement avec l’application d’un champ magnétique externe : la GMR est expliquée.

L’électronique de spin

La GMR a permis la réalisation de ce que l’on pourrait appeler une « vanne de spin » commandée par champ magnétique. En effet, il suffit d’employer deux couches magnétiques astucieusement choisies : l’une, appelée « couche dure », insensible, « n’obéissant pas » à un champ magnétique externe ; l’autre, appelée « couche douche », « obéissant », au contraire et voyant son aimantation tourner en fonction de l’intensité du champ magnétique extérieur. Ainsi, en fonction de son orientation, un champ magnétique externe va imposer au système une configuration parallèle ou antiparallèle : l’alignement relatif des deux filtres à spin et donc la valeur de la résistance électrique sont alors directement sensibles à l’intensité du champ externe. Un tel dispositif devient ainsi un véritable capteur de champ magnétique très sensible. Ce genre de capteur est employé dans les têtes de lecture des ordinateurs pour lire les bits magnétiques enregistrés sur les disques durs. Chaque année plus de 600 millions de têtes de lecture GMR sont fabriquées par l’industrie informatique. Dans la mesure où ses capteurs sont très petits, la densité des bits magnétiques peut être très élevée. Cela a justement conduit depuis une dizaine d’années à une augmentation très importante de la capacité des disques durs. Il s’agit d’une des applications de cette nouvelle branche de l’électronique que l’on appelle pour des raisons évidentes l’électronique de spin ou spintronique.

tête de lectuer

Les autres formes de magnétorésistance

L’électronique de spin met également en jeu d’autres formes de magnétorésistance, certaines avec un avenir très prometteur du point de vue de leurs applications : la magnétorésistance à effet tunnel, la magnétorésistance colossale, la magnétorésistance balistique, et la magnétorésistance extraordinaire.

La magnétorésistance à effet tunnel

Si les couches magnétiques dans une multicouche ne sont plus séparées par une couche conductrice comme dans la GMR, mais par une couche d’un matériau isolant, le transport des électrons devient un phénomène purement quantique appelé « effet tunnel ». Dans une approche classique, l’isolant constitue une barrière infranchissable pour les électrons. Mais le caractère ondulatoire de l’électron que la mécanique quantique a révélé, lui confère une certaine probabilité non nulle de traverser la barrière. La prochaine génération des têtes de lecture emploiera vraisemblablement cette forme de magnétorésistance. Par ailleurs, grâce à la magnétorésistance à effet tunnel on sait aujourd’hui fabriquer des mémoires RAM (Random Access Memory) magnétique ou MRAM (Magnetic Random Access Memory), susceptibles de remplacer les mémoires vives des ordinateurs. Le gros avantage de la MRAM : il s’agit d’une mémoire non volatile, c’est-à-dire qui ne s’efface pas à l’extinction de l’ordinateur. Il ne sera donc plus nécessaire d’enregistrer les informations de la mémoire vive sur le disque dur avant d’éteindre l’ordinateur.

La magnétorésistance colossale

Il s’agit d’une forme de magnétorésistance qui se produit dans des cristaux d’oxydes de manganèse. A une température inférieure à –120°C, un champ magnétique fait passer le matériau de son état isolant vers un état conducteur. Cette forme de magnétorésistance a été découverte en 1950 aux Pays-Bas puis redécouverte en 1994 aux Etats-Unis.

La magnétorésistance balistique

Dans la magnétorésistance balistique, deux fils métalliques très fins et magnétiques sont reliés par un contact nanométrique si petit que le transport des électrons à travers le contact se fait de manière balistique, c’est-à-dire sans diffusion-collision contre les atomes du nanocontact. En fonction des aimantations parallèle ou antiparallèle des deux métaux magnétiques, la résistance électrique est faible ou au contraire très grande.

La magnétorésistance extraordinaire

La magnétorésistance dite « extraordinaire » met en jeu un métal non magnétique et un semi-conducteur. Elle résulte de la modification de la configuration du champ électrique dans le semi-conducteur, sous l’action qu’exerce le champ magnétique externe sur la trajectoire des électrons dans le matériau