vendredi 28 novembre 2008

La fécondation naturelle et les premiers jours de l’embryon


Comprendre les différents stades du développement embryonnaire et en particulier ceux qui précèdent et suivent la fécondation permet d’appréhender la complexité de cette étape de la reproduction humaine et d’aborder les domaines de recherche qui s’y rattachent. Les scientifiques qui travaillent depuis très longtemps sur ces questions ont acquis des connaissances fondamentales sans lesquelles certaines avancées récentes, en particulier dans la prise en charge de certaines formes de stérilité, n’auraient pu aboutir.

Pour des futurs parents, la première image visible de l’embryon est bien souvent celle qui apparaît sur l’écran lors d’une échographie au cours du premier trimestre de la grossesse. Dès la fin de la troisième semaine de grossesse, un embryon d’une longueur de deux millimètres environ peut être visible avec une activité cardiaque. Il devra encore subir de nombreuses transformations avant la naissance d’un bébé, mais les évènements qui ont eu lieu avant et au décours de la fécondation sont tout aussi fondamentaux.

Bien avant la fécondation proprement dite et immédiatement après, plusieurs évènements doivent se succéder : la fabrication des gamètes,






Spermatozoïdes et ovocytes

En premier lieu, il faut que les gamètes ou cellules reproductrices, appelées spermatozoïdes et ovocytes dans l’espèce humaine, soient présents.

Chez l’homme, la fabrication des spermatozoïdes débute dans les testicules à l’adolescence et se poursuit en principe toute la vie. Cette « production » ou spermatogénèse se déroule dans les tubes séminifères des testicules à partir de cellules souches ou spermatogonies. Elle se produit dans la paroi des tubes durant 74 jours avant que les spermatozoïdes soient libérés dans le centre de ces tubes séminifères. A ce stade, ils contiennent leur matériel génétique adéquat, soit 23 chromosomes, mais ils ne possèdent pas encore toute leur mobilité ni tout leur pouvoir fécondant. Ce n’est que lors de leur cheminement dans l’épididyme, où ils sont stockés entre deux éjaculations, qu’ils vont acquérir leur pleine maturité. Les spermatozoïdes ne constituent qu’une petite partie du volume d’un éjaculat (2,5 ml en moyenne) : la part la plus importante est constituée du plasma séminal provenant des vésicules séminales et du liquide séminal secrété par la prostate.

Chez la femme, la maturation des gamètes ou ovocytes, se produit dans les ovaires à partir d’un stock constitué au cours de la vie intra-utérine. Leur nombre maximum, de l’ordre de 7 millions est atteint au 3ème trimestre de la grossesse. A partir de ce stade, cette population d’ovocytes diminue progressivement : à la puberté, il n’en reste que 400 000 et quelques milliers seulement juste avant la ménopause. Dans les ovaires, les ovocytes sont entourés de cellules folliculaires qui se transforment également. L’ensemble forme un follicule. De la puberté à la ménopause, au cours de chaque cycle ovulatoire, un follicule mature se rompt et libère un ovocyte qui contient encore 46 chromosomes. La moitié sera expulsée lors du contact avec un spermatozoïde, rendant possible la fécondation. Ce follicule dominant a débuté son ultime développement 85 jours avant l’ovulation, accompagné au départ de nombreux autres follicules, l’ensemble formant une cohorte. Seul le follicule dominant atteint la maturité. Les autres stoppent leur croissance à différents stades.

Long is the road : le cheminement des gamètes

Si le rapport sexuel a lieu durant une période de fertilité, les 200 à 300 millions de spermatozoïdes qui sont déposés au fond du vagin après l’éjaculation rencontrent un milieu favorable. Les plus mobiles d’entre eux vont pouvoir remonter dans le canal cervical de l’utérus grâce à la glaire qui leur assure survie et capacité de migration. Les quelques centaines de spermatozoïdes qui cheminent dans la trompe ont acquis, après la traversée de la cavité utérine, leur pouvoir fécondant : c’est la capacitation. Ils sont attirés vers une portion dilatée de la trompe, l’ampoule, où se situe l’ovocyte entouré d’un amas cellulaire : le cumulus.

L’extrémité de la trompe est en effet pourvue de franges destinées à capter l’ovocyte expulsé par un ovaire. Au cours des dernières heures qui précèdent l’ovulation proprement dite, le follicule dominant, qui mesure de 16 à 20 mm de diamètre, déforme la surface d’un des ovaires. Il a reçu des stimulations hormonales majeures rendant l’ovocyte apte à être fécondé. Elles permettent la rupture de la paroi folliculaire et l’expulsion de l’ovocyte qui ne possède une durée de vie que de 8 à 10 heures.

La fécondation

Dans la trompe, les spermatozoïdes capacités traversent les cellules du cumulus et viennent adhérer à une deuxième barrière cellulaire entourant l’ovocyte : la zone pellucide. Ceci entraîne une réaction au niveau de la tête de certains spermatozoïdes qui vont libérer des enzymes leur permettant de franchir la zone pellucide. Le premier spermatozoïde qui va la traverser fusionne avec la membrane cellulaire de l’ovocyte, ce qui provoque en quelques secondes l’activation de l’ovocyte. Elle se traduit par de nombreuses réactions avec des conséquences majeures :

* Une transformation chimique de la zone pellucide qui devient ainsi imperméable aux spermatozoïdes. La monospermie est respectée ;
* L’expulsion du 2ème globule polaire qui fait désormais de l’ovocyte une cellule haploïde, c’est à dire contenant 23 chromosomes ;
* La phagocytose du spermatozoïde qui permet à ses 23 chromosomes de pénétrer à l’intérieur de l’ovocyte qui devient un oeuf.

Le matériel chromosomique provenant des deux parents est encore distinct à ce stade. Il est contenu dans deux formations appelées pronucléus qui vont migrer l’une vers l’autre au centre de l’oeuf, guidées par des microfilaments. Les chromosomes paternels et maternels s’apparient alors (le chromosome n°1 du père avec le chromosome n°1 de la mère, et ainsi de suite) et un nouvel ensemble chromosomique est alors formé : il s’agit du patrimoine génétique totalement original d’un nouvel individu. Son sexe génétique est d’ores et déjà déterminé : si parmi les 23 chromosomes paternels introduits dans l’oeuf par le spermatozoïde figure le Y, c’est un futur garçon qui vient d’être créé. Si c’est un X qui est apporté par le père, c’est une petite fille qui naîtra dans neuf mois puisque l’autre chromosome sexuel provenant de la mère est obligatoirement un X.

L’oeuf, qui possède alors 23 paires de chromosomes est dit diploïde et la fécondation est terminée. La première division cellulaire, ou mitose, qui permet d’obtenir une deuxième cellule identique à la première, survient peu de temps après. Ainsi apparaît un nouvel embryon à deux cellules. Ces deux cellules vont à leur tour se diviser pour en donner quatre et ainsi de suite...



La segmentation

Les cellules qui se divisent rapidement possèdent le même patrimoine génétique. Jusqu’au 3ème jour après la fécondation, ces cellules, une dizaine environ, sont dites totipotentes. Cela signifie que chacune d’entre elles prise isolément peut reprendre sa division et fournir un embryon complet. Lorsque, à ce stade, l’ensemble cellulaire provenant de la fécondation se scinde spontanément en deux, une grossesse gémellaire peut survenir, avec dans ce cas des jumeaux homozygotes (ou vrais jumeaux).

A ce stade, l’embryon apparaît au microscope comme un amas dense de cellules de petite taille. Il a déjà cheminé dans la trompe en direction de l’utérus. Au 4ème-5ème jour, l’ensemble, qui porte le nom de morula, est formé d’une trentaine de cellules appelées blastomères. Il arrive à proximité de la cavité utérine.

A partir du 5ème-6ème jour, l’aspect microscopique de l’embryon change car les cellules commencent à se différencier pour former un blastocyste. Les cellules en périphérie forment le trophoblaste qui est à l’origine des annexes embryonnaires (placenta et membranes). Le centre de l’oeuf se creuse pour former une cavité remplie de liquide et le reste des cellules embryonnaires se concentre à un de ses pôles et forme le bouton embryonnaire. C’est à ce niveau que les couches cellulaires vont poursuivre leur différenciation pour progressivement constituer les divers tissus de l’embryon.

Cette transformation se fait alors que l’oeuf est encore dans la trompe. Il va pouvoir alors entrer dans la cavité utérine.

L’implantation



Six jours après la fécondation, alors que l’oeuf est dans la cavité utérine, la membrane pellucide, qui l’entoure encore complètement, se rompt. Le blastocyste en sort et les cellules du trophoblaste qui sont à sa surface vont entrer en contact avec la muqueuse de l’utérus : l’endomètre. Durant quelques jours, ces cellules trophoblastiques se multiplient et s’incrustent en profondeur dans l’endomètre afin de mettre en place, avec l’organisme maternel, les échanges nécessaires au développement de l’embryon. Il s’agit d’une véritable greffe qui ne peut réussir que grâce à l’action "anti-rejet" du trophoblaste qui tend à "masquer" les antigènes embryonnaires. Sans cette action, l’embryon qui a un patrimoine génétique différent de celui de sa mère, devrait être reconnu comme un corps étranger et rejeté par le système immunitaire maternel.

Pour que cette implantation réussisse, il faut aussi que l’endomètre soit prêt à se laisser coloniser par le trophoblaste embryonnaire : l’implantation ne peut en effet se faire au cours d’un cycle normal qu’aux alentours du 21ème jour, lorsque la muqueuse a reçu les stimulations hormonales idéales, essentiellement par les oestrogènes dans un premier temps, puis par la progestérone.

L’envahissement de l’endomètre par le trophoblaste aboutit en quelques jours à un équilibre qui se traduit par le développement d’un élément primordial pour le bon déroulement de la grossesse débutante : le placenta. Il permet les nombreux échanges mère/foetus mais également la synthèse d’hormones. Durant ce temps, l’embryon se développe avec l’apparition de la cavité amniotique. A la fin de la troisième semaine après la fécondation, il mesure environ deux millimètres et un coeur embryonnaire assure déjà la circulation sanguine primitive. Ses battements peuvent alors être détectés en échographie. Ils signent la présence d’une grossesse évolutive.

mardi 25 novembre 2008

LHC: le nouvel accélérateur du CERN

L’accélérateur de particules le plus puissant au monde

Connaître la composition de la matière à l’échelle de l’infiniment petit ou les instants primordiaux de notre univers, tels sont les enjeux de l’accélérateur de particules actuellement en construction au CERN près de Genève, à 100 m sous terre. Après dix ans de travaux, le Grand collisionneur de hadrons (ou LHC pour Large Hadron Collider) sera bientôt prêt à accueillir des chercheurs de la terre entière pour réaliser des expériences qui permettront sans doute de révolutionner notre compréhension de la nature. Ce dispositif d’une grande complexité , qui a coûté 3 milliards d’euros, s’étend le long d’une boucle souterraine de 27 km de circonférence, dans laquelle des protons (ou des ions dans certains cas) voyageront à une vitesse proche de celle de la lumière. C’est du choc frontal de ces particules, dégageant une énergie faramineuse, que pourront émerger les réponses à bon nombre de questions : d’où vient la masse des particules, pourquoi l’antimatière a-t-elle disparu, quelles étaient les particules présentes dans l’univers primordial ? … et autant de découvertes inattendues pour une nouvelle ère de la physique.

Coupe du LHC


Le LHC : pour quoi faire ?

Quand la théorie précède l’expérience

L’obstination des hommes à vouloir comprendre et décrire la nature ne date pas d’hier. Déjà, à l’Antiquité, le philosophe grec Démocrite imaginait la notion de particule élémentaire, une minuscule structure indivisible à l’origine de toute matière. Faute de pouvoir tester cette hypothèse par l’observation directe, de longs siècles d’attente ont été nécessaires avant la mise au point d’instruments suffisamment performants pour pallier les limites de nos cinq sens et plonger au coeur de l’atome. La science de l’infiniment petit, contrairement à d’autres pans de la physique comme la mécanique, a donc vu émerger des théories spéculatives, souvent associées à des considérations philosophiques, et qui ne pouvaient pas être vérifiées par l’expérience. C’est au XXème siècle que tout bascule avec l’avènement de la physique quantique et la construction des premiers accélérateurs de particules.

Le Graal des physiciens

Aujourd’hui, la thèse qui prévaut au sein de la communauté scientifique consiste à décrire la matière comme un édifice de briques (les fermions) et de médiateurs de forces assimilables à du ciment (les bosons) construit selon un modèle « standard » décrivant toutes les interactions fondamentales à l’échelle microscopique. Les fermions sont donc liés entre eux par des forces gigantesques véhiculées par les bosons. Par la collision frontale de deux éléments lancés à grande vitesse, un accélérateur de particules est capable d’apporter suffisamment d’énergie pour mettre la matière en miettes et détecter ainsi les particules ultimes. Un des grands défis du LHC sera de mettre en évidence une particule présupposée, le boson de Higgs , clé de voûte du modèle standard. De nombreux scientifiques attendent avec enthousiasme et fébrilité la découverte de ce fameux boson. Si le LHC ne parvient pas à le trouver, ou identifie d’autres particules inattendues, le visage de la physique contemporaine pourrait s’en trouver bouleversé.

Les questions sur l’infiniment petit rejoignent celles sur l’infiniment lointain

La recherche du boson de Higgs n’est pas la seule vocation du LHC. La matière qui nous entoure ne constitue qu’une petite partie de l’univers, 4 % seulement. Le nouvel accélérateur donnera peut-être des réponses sur la composition de la matière noire et de l’énergie sombre supposées remplir pas moins de 96 % du cosmos ! En outre, le LHC aura pour mission de reproduire les conditions primordiales de l’univers, soit les instants qui ont succédé au Big Bang il y a environ 15 milliards d’années. Les chercheurs espèrent trouver des particules inédites, qui n’existent plus aujourd’hui, et comprendre pourquoi l’antimatière, la soeur jumelle de la matière alors créée en même quantité, a presque totalement disparu. Autre rôle du LHC : chercher des indices pour valider une théorie concurrente au modèle standard, baptisée théorie des cordes, qui postule l’existence de six dimensions spatiales supplémentaires aux trois que nous connaissons déjà.

vue générale LHC

Un dispositif gigantesque pour pister de toutes petites particules

CMS La conception du LHC remonte aux années 1980, mais il a fallu attendre 14 ans avant que sa construction soit approuvée par le conseil du CERN. Les travaux, démarrés en 1998, ont consisté à creuser une série de cavités pour accueillir les détecteurs, des instruments d’une précision inégalée destinés à suivre à la trace les produits de la collision frontale de deux faisceaux de protons. Inutile de construire l’anneau de 27 km où circuleront ces protons, il existe déjà. En effet, le LHC utilisera la boucle du LEP (Large Electron Positron), un accélérateur d’une génération antérieure avec lequel les scientifiques ont fait de belles découvertes. En particulier, des collisions entre électrons et positons ont permis d’y observer pour la première fois en 1983 les bosons W et Z, deux particules prévues par le modèle standard. L’énergie atteinte dans cet accélérateur d’ancienne génération était toutefois plus de 30 fois inférieure à celle des protons qui parcourront le LHC, ce qui s’avère insuffisant pour détecter le boson de Higgs.

Des boucles accélératrices de plus en plus grandes

Avant d’être injectés dans le LHC, les protons subiront une accélération progressive dans des boucles de plus en plus longues. La première, appelée booster, augmentera l’énergie des particules jusqu’à 1,4 GeV*. Les protons seront ensuite injectés dans deux synchrotrons successifs, portant leur énergie à 25, puis à 450 GeV. Ils seront alors prêts pour subir l’accélération ultime dans la dernière boucle, celle du LHC proprement dite, longue de 27 km! Leur vitesse se rapprochera alors de celle de la lumière, soit 299 800 km/sec, correspondant à une énergie de 7 TeV**. Lors de la collision frontale de deux protons, l’énergie dégagée atteindra ainsi 14 TeV, un record mondial. La prouesse ne sera pas tant de parvenir à une énergie aussi élevée (un moustique en plein vol véhicule une énergie de 1 TeV …), mais de la concentrer dans un espace aussi réduit (à un million de million de fois plus petit qu’un moustique !).
* 1 GeV= 109 eV (electron-volt)= 1,6 10-10 joule
** 1 TeV= 1000 GeV

Des aimants pour focaliser les faisceaux

Aimant LHC B Les deux faisceaux de protons destinés à entrer en collision circuleront en sens opposé dans des tubes distincts placés sous un vide très poussé. Ils seront guidés sur leur trajectoire circulaire par un champ magnétique puissant (jusqu’à 9 teslas), généré par des électroaimants refroidis à -271 °C de façon à atteindre à l’état supraconducteur pour lequel l’électricité circule sans aucune perte d’énergie. 1234 aimants dipolaires, longs de 15 m, courberont la trajectoire des faisceaux et 392 aimants quadripolaires, long de 5 à 7 m, concentreront les faisceaux. Tout est fait pour augmenter la probabilité d’une collision. Et la précision est de mise. En effet, la taille des particules est très faible, comparée à la longueur de l’anneau. Imaginez, il est aussi difficile de faire entrer en collision deux protons dans le LHC que de lancer deux aiguilles éloignées de 10 km, l’une contre l’autre !

Des détecteurs ultra sensibles

Des détecteurs d’une technicité inégalée, placés dans des cavités le long de la boucle à chaque point de croisement des deux faisceaux, enregistreront les données utiles aux physiciens, c’est à dire la trajectoire des particules créées après la collision, leur nature et leur masse. Dotés de systèmes électroniques mesurant le temps de passage d’un élément à quelques milliardièmes de seconde près, ces instruments gigantesques (22 m de diamètre pour ATLAS) suivront les particules à la trace avec une précision de l’ordre du millionième de mètre. Ils enregistreront un million d’évènements par seconde.



Zoom sur le plus grand défi du LHC

Boson de Higgs : la course contre la montre

boson de higgs La recherche du boson de Higgs sera sans conteste le sujet le plus brûlant du LHC. Il ne s’agit pas moins que de trouver la preuve ultime de la validité du modèle standard, l’enjeu est donc de taille ! Cette particule a été imaginée en 1964 par le physicien écossais Peter Higgs pour compléter l’édifice du modèle standard qui était alors encore un peu bancal. Cette dernière pièce du puzzle bouclait ainsi la construction théorique du modèle.
Le rôle du boson de Higgs, s’il existe, est de donner une masse à toutes les particules élémentaires. Jusqu’à présent, aucun accélérateur n’a été assez sensible pour le détecter. L’ancêtre du LHC au CERN, le LEP, n’est pourtant pas passé bien loin. Il y a dix ans, un signal pouvant correspondre à la signature de cette particule était enregistré. Mais ce résultat, incomplet, demandait à être reproduit pour acquérir une statistique suffisante. Après le démantèlement du LEP, les chercheurs américains de l’accélérateur Tevatron au Fermilab (près de Chicago) ont repris le flambeau. Bien que l’énergie des collisions dans ces installations (1,8 TeV) soit loin d’égaliser celle prévue au LHC (14 TeV), les expériences du Tevatron sont opérationnelles et fournissent actuellement des données en continu pour la recherche de ce boson mystérieux. Comme le souligne Michel Davier, professeur à l’université Paris-Sud 11 et membre de l’Académie des sciences, même si le LHC sera une bien meilleure source de bosons de Higgs, il se pourrait que les Américains dament le pion aux Européens en découvrant in extremis cette particule avant la mise en service du LHC. La course est donc lancée.


Découvrez également le site du LHC FRANCE

Le site lhc-france.fr du CNRS et du CEA est le premier site francophone entièrement dédié au projet LHC du Cern. Tous les aspects de cette réalisation titanesque y sont évoqués à travers des animations, videos et photos: les enjeux scientifiques, les défis de l’accélérateur, les détecteurs, la grille de calcul, l’aventure humaine et la place importante de la France dans cette entreprise planétaire. Ce site rend également compte de la participation du CNRS et du CEA au projet. Retrouvez les actualités du LHC et tous les mois, la BD du LHC, chronique dessinée par Lison Bernet.

Le LHC en chiffres

• Un anneau de 26 659 m de circonférence enterré à une profondeur comprise entre 50 et 175 m (100 m en moyenne).
• Vitesse des protons : 99,9999991 % de la vitesse de la lumière ; chaque particule effectuera plus de 11 000 tours par seconde dans l’anneau !
• Collisions frontales de 14 TeV.
• Pression interne de 10 -13 atm (ultravide), soit dix fois moins que sur la lune.
• 9300 aimants refroidis à -271.3 °C par 60 tonnes d’hélium liquide ; le système d’aimantation contient 10 000 tonnes de fer, soit plus que pour la tour Eiffel.
• 400 lentilles magnétiques pour focaliser les faisceaux
• Les données de chaque expérience pourraient remplir 100 000 DVD chaque année.
• Durée de vie du LHC : environ 15 ans.

Atlas








Le prix Nobel de physique 2007: la magnétorésistance géante

Le prix Nobel de physique 2007: la magnétorésistance géante

nobel Généralement, le prix Nobel de physique est relatif à des travaux dont les retombées pratiques par rapport aux préoccupations du public et de la société sont très lointains ou très indirects. Pourtant, ces dernières années, à deux reprises, ce prix a couronné des travaux par lesquels le public, le commerce, l’industrie… sont directement concernés. En effet, le prix Nobel de 2000 est venu récompenser l’invention du « circuit intégré » - encore appelé « puce électronique » - omniprésent de nos jours et sans lequel nos ordinateurs, nos téléphones portables, cartes bancaires… n’auraient jamais vu le jour ; le prix Nobel 2007 a couronné la découverte en 1988 d’un effet magnétique - appelé magnétorésistance géante - qui a permis en dix ans d’augmenter de manière fulgurante la densité de stockage des disques durs des ordinateurs, qui atteint aujourd’hui 20 giga-bits/cm2 ! L’informatique a constitué ainsi l’enjeu principal de ces deux prix Nobel à retombées publiques.


Qu’est-ce que la magnétorésistance ?

La résistance électrique est une grandeur avec laquelle les écoliers sont familiers et dont les adultes non scientifiques conservent généralement un vague souvenir. Cela évoque chez petits et grands la « loi d’Ohm » ou U = R.I : qui relie la tension U (exprimée en volts) appliquée aux bornes d’un conducteur, à l’intensité I (en ampère) qui le parcourt. Moins le conducteur résiste et plus cette intensité est élevée. Rappelons que l’intensité exprime le nombre de charges électriques qui franchissent toutes les secondes une section du conducteur : environ 6.1018 électrons par seconde franchissent une section d’un fil électrique parcouru par un courant de un ampère. La résistance électrique R - coefficient de proportionnalité entre U et I - est finalement une notion intuitive que l’on pourrait résumer ainsi : « plus la résistance est élevée, et moins il y a de courant qui passe ». Dans la mesure où un champ magnétique convenablement orienté peut courber la trajectoire des électrons, on peut concevoir qu’un tel champ puisse modifier la résistance électrique qu’offre un conducteur au passage du courant : on parle de magnétorésistance. Et en effet, ce phénomène a été découvert en 1857 par William Thomson (1824-1907), plus connu sous le nom de Lord Kelvin. Sachant que la résistance électrique d’un matériau peut changer de quelques pourcents en fonction du champ magnétique auquel il est soumis, il est facile d’imaginer un dispositif permettant de déterminer la valeur d’un champ magnétique à travers la mesure d’une résistance électrique. Effectivement de tels instruments de mesure, détecteurs, et capteurs ont vu le jour après la découverte de Kelvin. A la fin des années 1980, soit après 130 ans de recherches théoriques et appliquées relatives à la magnétorésistance, il était communément admis qu’aucun progrès supplémentaire ne permettrait dans un avenir proche d’améliorer les performances des capteurs à magnétorésistance. Aussi, des articles pessimistes partageant cette opinion étaient publiés à cette époque dans des journaux faisant autorité.

La magnétorésistance géante

Chose extraordinaire, en 1988, dans cette atmosphère pessimiste, le Français Albert Fert, alors âgé de 50 ans, et indépendamment de lui l’Allemand Peter Gruenberg, 49 ans, font une découverte totalement inattendue, impensable : une variation de résistance très importante, d’environ 50 %, est mise en évidence dans… une multicouche magnétique, une sorte de « millefeuilles » de laboratoire très spécial qu’étudiaient les deux physiciens des solides depuis de longues années. Plus précisément, une telle multicouche est constituée d’un empilement de couches métalliques - de quelques nanomètres d’épaisseur - alternativement ferromagnétiques (fer, cobalt, nickel) et non-magnétiques (chrome, cuivre…). Ce nouveau phénomène découvert par Fert et Gruenberg est baptisé tout naturellement magnétorésistance géante ou GMR en anglais pour Giant magnetoresistance. Nous allons le voir, cet effet résulte de l’influence du spin de l’électron sur la conduction électrique, dans certaines conditions : si l’électricité, ou l’électronique, font intervenir la charge de l’électron, la spintronique (à laquelle a conduit la GMR) fait intervenir le spin de l’électron.

albert fertAlbert Fert

La physique de la GMR

La physique en jeu dans cette toute nouvelle forme de magnétorésistance repose sur deux phénomènes distincts :
- le mouvement des électrons à travers les couches magnétiques en fonction de leur spin,
- l’orientation relative des aimantations des couches magnétiques.


grunbergPeter Gruenberg

Les électrons et leur spin

Avec la naissance de la mécanique quantique dans les années 1920, les physiciens ont pu montrer théoriquement et expérimentalement que l’électron se comporte comme un minuscule aimant : il possède ce que l’on appelle un « moment magnétique » ou « spin » que l’on représente traditionnellement à l’aide d’une flèche indiquant l’orientation de ce champ magnétique. Au cours des années 1970 Albert Fert avait étudié la manière dont les électrons se déplacent, diffusent, dans une couche aimantée en fonction de l’orientation de leur propre « aimantation » ou spin. Il avait montré que la résistance que rencontre un électron qui traverse une couche aimantée dépend de l’orientation de son spin par rapport à celle de l’aimantation de la couche. On peut ranger en deux moitiés les électrons d’un courant électronique traversant une couche aimantée : ceux dont le spin est dans le même sens que l’aimantation de la couche ou « spin parallèle », et ceux dont l’aimantation est en sens opposé ou « spin antiparallèle ». On observe ainsi deux courants électriques indépendants qui traversent la couche magnétique : les intensités respectives de ces deux courants d’électrons peuvent être dans un rapport dix. Dans la pratique, quelle que soit l’orientation de la couche, statistiquement, 50 % des spins électroniques sont « bien » orientés et ces électrons passent, 50 % sont « mal » orientés et sont bloqués. Ainsi, une fine couche magnétique placée sur le trajet d’un courant d’électrons « filtre » les spins : elle laisse passer principalement un seul type de porteur, par exemple ceux dont le spin est parallèle à son aimantation, et bloque majoritairement les autres. Autrement dit, on peut « polariser en spin » un courant en interposant sur son passage une fine couche magnétique

Aimantations dans une multicouche

Dans une multicouche magnétique non soumise à un champ magnétique externe, deux couches aimantées successives (séparées par une couche non magnétique) interagissent et s’orientent naturellement en sens opposés, en « configuration antiparallèle », à la manière de deux barreaux aimantés placés côte à côte qui se positionnent tête-bêche. La configuration antiparallèle des couches magnétiques étudiée par Peter Gruenberg dans les années 1980, conjuguée au comportement spin-dépendant des électrons traversant une couche aimantée, permet d’expliquer la GMR.

La GMR expliquée

D’une part, nous savons grâce aux travaux de Albert Fert que seule la moitié des électrons possédant un spin « bien » orienté peut facilement traverser une couche aimantée. D’autre part, grâce à Peter Gruenberg, nous savons que dans une multicouche, deux couches aimantées successives sont naturellement orientées de manière antiparallèle. De ces deux faits on peut conclure que la résistance d’une multicouche magnétique est nécessairement grande. En effet, la moitié des électrons rencontre une forte résistance en traversant la première couche magnétique ; l’autre moitié, peu gênée lors de la traversée de la première couche, rencontre toutefois une forte résistance lorsqu’elle aborde la deuxième couche. Autrement dit, si ce n’est pas la première couche qui oppose une grande résistance, c’est la deuxième qui le fera, puisque ces deux couches sont orientées en sens opposés. Ainsi, en configuration antiparallèle, 100 % des électrons rencontrent une grande résistance. Supposons à présent qu’à l’aide d’un champ magnétique externe, on oriente les couches magnétiques d’une multicouche en configuration parallèle. Dans cette situation, seule la moitié des électrons rencontrera une grande résistance, l’autre moitié traversera facilement la multicouche. Ainsi, la résistance d’une multicouche magnétique chute fortement avec l’application d’un champ magnétique externe : la GMR est expliquée.

L’électronique de spin

La GMR a permis la réalisation de ce que l’on pourrait appeler une « vanne de spin » commandée par champ magnétique. En effet, il suffit d’employer deux couches magnétiques astucieusement choisies : l’une, appelée « couche dure », insensible, « n’obéissant pas » à un champ magnétique externe ; l’autre, appelée « couche douche », « obéissant », au contraire et voyant son aimantation tourner en fonction de l’intensité du champ magnétique extérieur. Ainsi, en fonction de son orientation, un champ magnétique externe va imposer au système une configuration parallèle ou antiparallèle : l’alignement relatif des deux filtres à spin et donc la valeur de la résistance électrique sont alors directement sensibles à l’intensité du champ externe. Un tel dispositif devient ainsi un véritable capteur de champ magnétique très sensible. Ce genre de capteur est employé dans les têtes de lecture des ordinateurs pour lire les bits magnétiques enregistrés sur les disques durs. Chaque année plus de 600 millions de têtes de lecture GMR sont fabriquées par l’industrie informatique. Dans la mesure où ses capteurs sont très petits, la densité des bits magnétiques peut être très élevée. Cela a justement conduit depuis une dizaine d’années à une augmentation très importante de la capacité des disques durs. Il s’agit d’une des applications de cette nouvelle branche de l’électronique que l’on appelle pour des raisons évidentes l’électronique de spin ou spintronique.

tête de lectuer

Les autres formes de magnétorésistance

L’électronique de spin met également en jeu d’autres formes de magnétorésistance, certaines avec un avenir très prometteur du point de vue de leurs applications : la magnétorésistance à effet tunnel, la magnétorésistance colossale, la magnétorésistance balistique, et la magnétorésistance extraordinaire.

La magnétorésistance à effet tunnel

Si les couches magnétiques dans une multicouche ne sont plus séparées par une couche conductrice comme dans la GMR, mais par une couche d’un matériau isolant, le transport des électrons devient un phénomène purement quantique appelé « effet tunnel ». Dans une approche classique, l’isolant constitue une barrière infranchissable pour les électrons. Mais le caractère ondulatoire de l’électron que la mécanique quantique a révélé, lui confère une certaine probabilité non nulle de traverser la barrière. La prochaine génération des têtes de lecture emploiera vraisemblablement cette forme de magnétorésistance. Par ailleurs, grâce à la magnétorésistance à effet tunnel on sait aujourd’hui fabriquer des mémoires RAM (Random Access Memory) magnétique ou MRAM (Magnetic Random Access Memory), susceptibles de remplacer les mémoires vives des ordinateurs. Le gros avantage de la MRAM : il s’agit d’une mémoire non volatile, c’est-à-dire qui ne s’efface pas à l’extinction de l’ordinateur. Il ne sera donc plus nécessaire d’enregistrer les informations de la mémoire vive sur le disque dur avant d’éteindre l’ordinateur.

La magnétorésistance colossale

Il s’agit d’une forme de magnétorésistance qui se produit dans des cristaux d’oxydes de manganèse. A une température inférieure à –120°C, un champ magnétique fait passer le matériau de son état isolant vers un état conducteur. Cette forme de magnétorésistance a été découverte en 1950 aux Pays-Bas puis redécouverte en 1994 aux Etats-Unis.

La magnétorésistance balistique

Dans la magnétorésistance balistique, deux fils métalliques très fins et magnétiques sont reliés par un contact nanométrique si petit que le transport des électrons à travers le contact se fait de manière balistique, c’est-à-dire sans diffusion-collision contre les atomes du nanocontact. En fonction des aimantations parallèle ou antiparallèle des deux métaux magnétiques, la résistance électrique est faible ou au contraire très grande.

La magnétorésistance extraordinaire

La magnétorésistance dite « extraordinaire » met en jeu un métal non magnétique et un semi-conducteur. Elle résulte de la modification de la configuration du champ électrique dans le semi-conducteur, sous l’action qu’exerce le champ magnétique externe sur la trajectoire des électrons dans le matériau

De la Relativité au GPS


Les interactions entre, l’industrie d’une part, la recherche fondamentale et son financement, d’autre part, sont l’objet de discussions passionnées, en France. Pour illustrer cette thème, le système GPS est un cas d’école : pur produit de l’industrie aérospatiale, il bénéficie des apports la théorie de la relativité d’Einstein, issue de considérations théoriques. Qu’est-ce que la théorie de la relativité ? Comment fonctionne un GPS ? Quel rapport y a-t-il entre ces deux créations, l’une théorique, l’autre pratique ?

Généralités sur la relativité et le GPS

gpsLe terme relativité en physique évoque généralement Albert Einstein (1879-1955). Cela se comprend puisque c’est grâce aux réflexions qu’il a menées il y a environ cent ans que le chercheur allemand est arrivé à des conclusions tout à fait étonnantes et très peu intuitives, vérifiées expérimentalement de très nombreuses fois par la suite. Par exemple, Einstein montre que le temps ne s’écoule pas de la même façon au rez-de-chaussée d’un immeuble qu’au dernier étage ; et de manière générale, une horloge en altitude prend de l’avance sur une autre située plus bas. Il s’agit d’un effet gravitationnel. Cependant, le décalage est si faible que l’on peut l’ignorer dans la plupart des gestes du quotidien. En revanche, si le degré de précision que l’on cherche dans la mise à l’heure de deux horloges atteint la cent millionième de seconde, comme cela est le cas avec le GPS, il est indispensable de tenir compte de cet infime décalage temporel. Or, comme chacun le sait, à l’aide d’un GPS il est possible de se localiser à quelques mètres près. Pour cela, l’appareil échange des informations avec des satellites situés à 20 000 km d’altitude. C’est grâce à la mesure du temps que met un signal électromagnétique pour voyager sur cette distance que l’on parvient à se localiser. Compte tenu de la très grande vitesse avec laquelle un tel signal se propage c’est la vitesse de la lumière - environ 300 000 000 m/s – on comprend qu’une petite erreur sur l’estimation du temps de trajet engendre une grosse incertitude sur la localisation. Pour éviter cela, il est indispensable que l’horloge à bord du satellite soit parfaitement synchrone avec celle dans l’appareil GPS, ce qui implique la prise en considération des effets relativistes. Voilà pourquoi il n’y aurait pas de GPS sans relativité. Avant de nous pencher sur la relativité, intéressons nous au GPS.

Le GPS

Ces origines

C’est avec le lancement du Spoutnik en 1957 que l’idée du GPS (Global Positioning System) est née. En effet, dans la mesure où l’on était capable de localiser le satellite grâce aux « bip-bip » qu’il émettait, il devenait envisageable de faire l’inverse… A cette fin, l’US Navy développe le système Transit, opérationnel au cours des années 1960. Malheureusement, la méthode et la technologie employées ne permettaient la localisation qu’après une longue attente, parfois près de 90 minutes ! Avant même que le premier satellite de ce système ne soit lancé en 1964, le département américain de la défense se met à la recherche du remplaçant de Transit. C’est ainsi que le GPS naît : le premier satellite est mis en orbite en 1978 et c’est en 1984 que le président Ronald Reagan (1911-2004) annonce que les civils pourront également bénéficier, en partie seulement, des possibilités qu’offre ce système.

Un principe de base élémentaire

gps Le principe de la localisation GPS est très simple, c’est celui de la triangulation. L’exemple suivant permet de le comprendre. Supposons que nous soyons perdus quelque part en France. Si nous passons devant un panneau indiquant que Paris est à 150 km sans en donner la direction, nous saurons que nous sommes situés quelque part sur un cercle centré sur Paris et de rayon 150 km. Si par ailleurs un autre panneau nous indique que nous sommes à 230 km d’Orléans, nous saurons que nous sommes également situés quelque part sur un cercle centré sur Orléans et de rayon 230 km. Il suffit donc de dessiner ces deux cercles et de voir où ils se coupent. Généralement, ils se couperont en deux points (Dieppe et Sainte-Menehould dans notre exemple) et nous aurons donc besoin d’une troisième indication afin d’éliminer l’un des deux points, sauf si nous avons de bonnes raisons pour en éliminer un sans indication supplémentaire. Dans notre exemple, si nous savons que nous ne sommes pas au bord de la mer, nous pourrons éliminer Dieppe et conclure que nous sommes à Sainte-Menehould.

Nous pourrions ainsi nous localiser avec précision si tous les panneaux en France étaient des triptyques indiquant notre distance par rapport à trois villes et toujours les mêmes trois, par exemple Paris, Orléans, et Lyon. C’est précisément cette idée qui est en jeu dans le GPS. Une vingtaine de satellites à 20 000 km d’altitude jouent le rôle des trois villes de l’exemple précédent. Pourquoi tant de satellites ? Car il faut qu’au moins 4 satellites soient toujours « visibles » depuis n’importe quel point du globe. Pourquoi si haut en altitude ? Car s’agissant d’un système militaire, il fallait tenir les satellites en dehors de toute atteinte terrestre possible (missiles, etc)…

En trois dimensions, ce ne sont plus des cercles qu’il faut dessiner mais des surfaces sphériques. Or, l’intersection de deux sphères creuses donne un cercle. La donnée d’une troisième information fixe une nouvelle sphère qui coupe le cercle en deux points. Comme précédemment, nous aurons besoin d’une information supplémentaire, une quatrième ici, pour déterminer notre position. Dans la pratique, le positionnement se fait par rapport à trois satellites seulement, car généralement il y a de bonnes raisons pour éliminer l’un des deux points : la quatrième information permet alors de déterminer l’altitude du point où l’on se trouve.

Une difficulté majeure : connaître la distance

Dans l’exemple des villes, la simplicité de la méthode permettant la localisation venait de l’existence de panneaux indiquant les distances, mais aussi du fait que la position des villes sur Terre est fixe et bien connue. Est-ce aussi simple en GPS ? En admettant que la position des satellites repères dans le ciel soit bien connue, comment depuis la Terre puis-je connaître ma distance par rapport à un satellite ? Comment puis-je obtenir l’information équivalente à celle donnée par les panneaux ? Cela est simple : depuis le point où je me trouve, il suffit que j’émette un signal électromagnétique vers un satellite et que j’attende son retour après réflexion ; connaissant la vitesse de propagation du signal (300 000 km/s) je pourrais déterminer ma distance. Si par exemple, l’aller-retour dure 0,2 seconde, je saurai que je me trouve à 30 000 km du satellite. Il suffira donc que je répète cette opération avec trois ou quatre satellites repères différents pour me localiser précisément.

Cette méthode, simple et facile à comprendre, pose cependant un gros problème : en situation de guerre, l’émission du signal par une personne permettrait à l’ennemi de la repérer ! Si le signal ne part pas du sol, il doit provenir du satellite. Dans ce cas, comment connaître ma distance à un satellite grâce à un signal émis par le satellite ? Cela est simple : il faut que le satellite émette un « bip » et envoie au même instant un signal indiquant l’heure de l’émission de manière très précise ; à la réception, il suffira de comparer l’heure de réception à celle d’émission pour connaître le délai et donc la distance. Pour atteindre cet objectif, nous avons donc besoin d’horloges parfaitement synchronisées qui garantissent une précision atomique. De telles horloges atomiques embarquées à bord des satellites ne peuvent évidemment pas être intégrés aux récepteurs GPS, lesquels possèdent des horloges à quartz. Aussi, pour synchroniser un récepteur avec les satellites on utilise une belle astuce. constellation GPS


Une belle astuce

Nous avons vu que trois sphères se coupent en deux points A et B. Si le récepteur est synchrone avec les satellites, le signal provenant du quatrième satellite déterminera une quatrième sphère qui passera par l’un des deux points : A ou B. Que se passe-t-il si l’horloge du récepteur n’est pas synchrone avec celles des satellites ? Dans ce cas, à cause du décalage des horloges, le temps de voyage des signaux sera mal estimé : il sera par exemple trop long de t. Par conséquent, les trois sphères déterminées par le récepteur seront trop grandes de x, mais se couperont quand même en deux points C et D, différents de A et B. La quatrième sphère, elle aussi trop grande de x, ne passera ni par C, ni par D ! Ainsi, l’information provenant du quatrième satellite permet en fait au récepteur de « se rendre compte » que son horloge n’est pas synchrone : il apporte donc à son horloge les corrections nécessaires jusqu’à ce que les quatre sphères se coupent en un point ; il se synchronise ainsi avec les satellites. Le tour est joué et cela permet de se localiser avec une extrême précision !

Les théories de relativité d’Einstein


La relativité restreinte

albert einstein Une contradiction interne à la physique était apparue à la fin du XIXè siècle : la théorie électromagnétique de Maxwell se révélait incompatible avec la relativité de Galilée-Newton selon laquelle le mouvement rectiligne-uniforme - c’est-à-dire sans accélération - est comme le repos. Selon ce principe de parfaite relativité d’un tel mouvement - appelé aussi inertiel - aucune expérience réalisée à l’intérieur d’un wagon non accéléré ne devrait permettre de déterminer la vitesse du wagon, dans la mesure où la vitesse n’est pas une notion absolue mais relative. Or, la théorie de Maxwell indiquait qu’à l’aide d’une onde électromagnétique on devait pouvoir déterminer la vitesse (donc absolue) du wagon. Il fallait donc soit modifier - voire abandonner - la théorie de Maxwell ou celle de Galilée-Newton. Einstein est préoccupé par cette affaire. Un deuxième problème occupe ses pensées : le phénomène d’induction découvert par Faraday en 1832. Ce dernier avait expérimentalement montré que le mouvement d’un aimant au voisinage d’un conducteur, une bobine électrique par exemple, y engendre un courant, dit « induit ». Le mouvement étant relatif, afin que l’on observe une induction, il suffit que l’un bouge par rapport à l’autre, peu importe lequel est fixe par rapport à l’expérimentateur. Malgré cette symétrie et relativité du mouvement, la théorie électromagnétique rendait compte de l’apparition du courant induit de deux manières différentes, selon que l’aimant ou la bobine était fixe dans le référentiel du laboratoire. Cela n’était pas non plus satisfaisant aux yeux d’Einstein. Les réflexions qu’il mène à ces sujets le conduisent à remettre en cause deux notions fondamentales discutées notamment par le philosophe Ernst Mach (1838-1916) : celles du temps et de l’espace. En effet, afin d’éliminerces contradictions, Einstein propose comme contrainte théorique la parfaite relativité du mouvement des référentiels inertiels (ou galiléens, c’est-à -dire en mouvement rectiligne-uniforme les uns par rapport aux autres) et aboutit en 1905 à la théorie de la « relativité restreinte » dans laquelle ni l’espace, ni le temps ne sont absolus séparément : longueurs et durées mesurées dépendent de l’observateur inertiel (de même que la notion de simultanéité de deux événements distants). On résume parfois cela en disant qu’avec la vitesse les longueurs se contractent et les durées se dilatent.

La relativité générale

Einstein cherche ensuite à étendre la théorie de la relativité restreinte aux mouvements accélérés et donc à la généraliser. Ce travail aboutit à la « Relativité générale », laquelle est en fait une théorie de la gravitation, différente de celle de Newton. Avec Einstein, l’écoulement du temps dépend de l’intensité de la gravitation : il ralentit au voisinage des masses.

Corrections relativistes et GPS

Ainsi, d’une part, en raison de sa vitesse, une horloge à bord d’un satellite GPS prend quelques microsecondes de retard par jour par rapport à une horloge au sol (principe de relativité restreinte) ; d’autre part, en raison de son altitude, elle prend quelques dizaines de microsecondes d’avance par jour sur celle au sol (principe de relativité générale). Au total donc, la correction qu’il faut introduire dans la lecture précise de l’heure est principalement due à la relativité dans son ensemble. Sans cette correction, l’estimation de la durée du voyage des signaux GPS serait erronée et la localisation précise serait impossible. Kamil Fadel pour Science.gouv.fr

Notes:
En effet, envisageons deux cercles qui se coupent en deux points et un troisième cercle passant par l’un de ces deux points ; si l’on agrandit le rayon de ces cercles d’une même quantité, on « perdra » le point intersection appartenant aux trois cercles.


Soleil Synchrotron


Qu’est ce qu’un synchrotron ?


Produire une lumière extrêmement brillante afin de percer les secrets les plus intimes de la matière : telle est la mission d’un centre de rayonnement synchrotron.
Au service des scientifiques comme des industriels, cette installation de très haute technologie offre les moyens d’investigation désormais indispensables aux chercheurs. De quoi se compose-t-elle ? Comment émet-elle son rayonnement ?

synchrotron

Une machine pour explorer la matière


Les expériences menées dans un centre de rayonnement synchrotron utilisent la lumière
émise par des électrons relativistes, c’est-à dire circulant dans un anneau à une vitesse proche
de celle de la lumière (300 000 km/s). Ces électrons de très haute énergie sont d’abord
émis dans un pré-injecteur linéaire, le LINAC, qui leur fait subir une première accélération
avant de les diriger dans un deuxième injecteur circulaire, le BOOSTER, qui monte leur énergie à la valeur de fonctionnement choisie pour le synchrotron, 2,75 milliards
d’électron-Volts. Les électrons sont ensuite injectés dans l’anneau de stockage où ils vont tourner pendant des heures. Cet anneau, de 354 mètres de périmètre, est équipé de dispositifs magnétiques - aimants de courbure, onduleurs et wigglers (caractéristiques des synchrotrons de troisième génération) - qui forcent les électrons à suivre des trajectoires courbes ou ondulées.

A chaque passage dans ces dispositifs magnétiques où leur trajectoire est déviée, les électrons perdent de l’énergie sous forme d’une lumière particulière appelée « rayonnement synchrotron ». Capté en différents endroits de l’anneau de stockage, ce rayonnement est canalisé vers des sorties, les lignes de lumière. Chaque ligne est un véritable laboratoire instrumenté pour analyser des échantillons complexes et de toute sorte et optimisé pour des techniques spécifiques d’analyse.synchrotron

Les applications du Synchrotron


L’utilisation du rayonnement synchrotron concerne un très large ensemble d’activités de recherche, que ce soit en recherche fondamentale pour les sciences de la matière et celles du vivant, ou en recherche appliquée.

En recherche fondamentale, SOLEIL couvrira des besoins en physique, chimie et en sciences des matériaux, en sciences du vivant (notamment en cristallographie des macromolécules biologiques), en sciences de la terre et de l’atmosphère. Il offrira l’utilisation d’une large gamme de méthodes spectroscopiques depuis l’infrarouge jusqu’aux rayons X, et de méthodes structurales en diffraction et diffusion X.

En recherche appliquée, SOLEIL sera utilisé dans des domaines très différents tel que la pharmacie, le médical, la chimie et la pétrochimie, l’environnement, le nucléaire, l’industrie automobile, mais aussi les nanotechnologies, la micromécanique et la microélectronique, etc.….

SOLEIL sera aussi ouvert aux projets de l’industrie et des grands enjeux nationaux (environnement, énergie...). Il favorisera aussi l’accès des PME/PMI aux techniques de rayonnement synchrotron.

Concevoir les matériaux de demain


Pour concevoir des matériaux susceptibles de stocker de grandes quantités d’informations et ainsi, réaliser les composants magnétiques de demain, il est nécessaire de préciser la composition et le comportement de ces nouveaux matériaux à une échelle submicronique. En combinant les propriétés de focalisation spatiale et d’accordabilité en énergie du rayonnement synchrotron, on peut produire de manière très sélective une image de la surface d’échantillons très variés. De plus, si l’on utilise son état de polarisation, on a accès également à l’état magnétique local de l’échantillon : c’est la spectromicroscopie magnétique, technique nouvelle qui verra son plein essor à SOLEIL.

En étudiant la différence de réponse d’un système (ici un matériau) à une excitation en lumière polarisée circulairement (gauche puis droite), on peut par exemple établir la cartographie de l’orientation de l’aimantation de micro-domaines magnétiques. Ils résultent de la superposition de couches d’atomes (on dit "composé sandwich") aux propriétés magnétiques différentes.

explorer la matière(BESSY, Ligne de microspectrométrie)

A : coupe d’un composé sandwich (fer/chrome/fer)
B : deux domaines magnétiques sont présents sur le substrat de fer, avec les directions d’aimantation représentées par les deux flèches.
C et D : visualisation du fer de la couche superficielle, selon deux directions perpendiculaires.
E : sens d’aimantation dans les domaines magnétiques.

La partie entourée signale la combinaison magnétique qui permet de faire le lien entre deux directions opposées et de progresser vers la miniaturisation.

Une application en médecine : Préciser les diagnostics pour adapter les traitements


Dans les synchrotrons de 3ème génération, la cohérence des faisceaux permet de visualiser la matière en 3D, même si elle n’absorbe que très peu la lumière. Cette technique d’imagerie (dite "par contraste de phase") est particulièrement adaptée pour visualiser des détails de la matière vivante, car à l’inverse des radiographies X habituelles, elle permet d’obtenir une image contrastée même si la matière absorbe peu le rayonnement.

Chaque faisceau est une onde lumineuse qui ondule selon un certain rythme (sa phase). Lorsqu’un tel faisceau intercepte un échantillon, sa phase va être modifiée localement en fonction de la quantité de matière (l’indice) rencontrée. En plaçant un détecteur suffisamment loin de la cible, on peut mesurer des figures d’interférences induites par les différences de phase, qui permettent de reconstituer en trois dimensions la structure du milieu traversé.

ostéoporose

L’exemple ci-dessus montre l’évolution dégénérative de l’os iliaque d’une patiente atteinte d’ostéoporose. Les détails des structures ainsi obtenus permettent de mieux comprendre la maladie et son évolution au cours du temps.Ce dossier a été réalisé avec l’aide de Stéphanie Gomez du Soleil Synchrotron.
Les textes et les images ont été fournis par le Soleil Synchrotron.

Le laser : histoire d’un rayon

Si le principe fondamental du laser a été découvert par Einstein en 1917, il a fallu près de 50 ans pour que le premier laser voie le jour. Pourtant, la plupart des éléments nécessaires existaient depuis longtemps. Aujourd’hui, le laser est omniprésent : outil des physiciens, des chimistes ou des médecins, on l’utilise aussi pour lire des code-barres ou des DVD… Les astrophysiciens ont découvert récemment l’existence de lasers naturels !
Préhistoire et histoire du laser

Corps noir
Nous voyons la plupart des objets qui nous entourent grâce à la lumière qui les éclaire et qu’ils renvoient. Pourtant, sans un tel éclairage, un morceau de charbon est visible à condition toutefois qu’il soit… suffisamment chaud. Le rayonnement émis par le charbon (dans cet exemple) du fait de sa température est appelé « rayonnement de corps noir ». Même à 20 °C, le charbon émet un tel rayonnement mais le spectre des fréquences émises est tel que nos yeux ne le « détectent » pas. Etablir la relation mathématique qui donne le spectre d’émission (les fréquences et les amplitudes) en fonction de la température a été un problème ardu auquel les physiciens se sont intéressés à la fin du XIXe siècle. En 1900, sans la démontrer, Max Planck (1858-1947, prix Nobel de physique 1918) parvient à mettre sur pied la « loi du rayonnement du corps noir », une relation qui rend parfaitement compte des observations expérimentales, en introduisant en physique le « quantum élémentaire d’action h ».

Effet laser
Le temps de séjour d’un atome hissé de son état fondamental E0 vers un état excité E1 est très court, puisqu’il a spontanément tendance à retourner à son état fondamental en rayonnant de l’énergie sous forme d’une radiation quantique de fréquence ν telle que hν = E1–E0. Imaginons à présent non pas un mais des milliards de milliards d’atomes enfermés dans une enceinte à une certaine température, comme l’air enfermé dans un four. Le rayonnement de corps noir au sein de l’enceinte, dont le spectre est continu, interagit avec les atomes. Ces derniers absorbent certaines radiations puis se désexcitent spontanément. Aussi, l’énergie du rayonnement dans l’enceinte subit de microscopiques fluctuations. Albert Einstein (1879-1955, prix Nobel 1921) s’intéresse à ces fluctuations qu’il étudie de manière théorique. En 1917, il arrive à la conclusion que si la loi de Planck est correcte – et elle a l’air de l’être – l’interaction rayonnement-matière doit mettre en jeu une autre forme d’émission, autre que l’émission spontanée, car cette dernière seule ne peut rendre compte de la loi de Planck. Einstein montre que l’émission d’un photon hν lorsqu’un atome se désexcite peut être induite, stimulée, par un photon de même énergie. Dans ce processus que personne n’avait encore imaginé, appelé « émission induite » ou « émission stimulée », le photon émis possède les mêmes caractéristiques que le photon « stimulant » : même énergie, même direction d’émission, même phase. Et par ailleurs leurs énergies s’ajoutent ! La lumière arrive donc sur un atome excité et le quitte avec une énergie double : il y a Amplification de Lumière par Emission Stimulée de Radiation ; c’est l’effet LASER (en anglais). L’acronyme n’a été forgé que près de quarante ans après la publication d’Einstein.

Nécessité d’une inversion de population
Au cours des années 1920 et 1930, certains physiciens étudient activement l’émission stimulée, mais à cette époque personne n’a conscience qu’il serait peut-être possible de mettre au point un véritable « amplificateur de lumière ». Pourquoi ? Car à cette époque, on s’intéressait surtout aux situations dans lesquelles il y a équilibre thermique. Or, dans une population d’atomes en équilibre thermique, la majeure partie des atomes n’est pas dans un état excité - nécessaire à l’émission stimulée – mais dans son état fondamental, si bien que l’absorption du rayonnement l’emporte sur l’émission stimulée. Une population en équilibre thermique ne constitue donc pas un milieu amplificateur, même si certains rares photons sont issus de l’émission stimulée. Pour avoir un amplificateur de lumière, un laser, il est nécessaire qu’il y ait davantage d’atomes dans l’état excité que dans l’état fondamental : il faut provoquer une « inversion de population » et donc sortir de l’état d’équilibre thermodynamique. La réalisation d’un tel déséquilibre est dévolue à des méthodes dites de « pompage » qui apportent sans cesse de l’énergie et surpeuplent la population d’atomes dans l’état excité. Signalons que ce déséquilibre correspond en fait à un « équilibre à température négative ».

La cavité
L’inversion de population doit dépasser un certain seuil critique qui dépend des atomes du milieu actif. Dans la mesure où plus le nombre de photons est important et plus les chances d’obtenir une émission stimulée sont grandes, on peut abaisser ce seuil critique en augmentant le taux d’émissions stimulées, cela en faisant croître l’intensité du rayonnement. On y parvient par « amplification résonante » en utilisant une cavité constituée de deux miroirs parallèles espacés d’une distance égale à un nombre entier de demi longueurs d’ondes. Grâce à cette cavité résonante qui constitue un oscillateur optique, on obtient une amplification résonante de lumière qui favorise l’émission stimulée dans la direction de propagation de la lumière dans la cavité (perpendiculaire aux miroirs). L’un des miroirs est semi-réfléchissant afin de permettre au faisceau de sortir du dispositif.

En résumé un laser est réalisé grâce à la conjugaison de trois éléments :


1- Un milieu actif pour l’émission stimulée.
2- Une « pompe » pour créer l’inversion de population.
3- Une cavité résonante pour augmenter le taux d’émission stimulée, sélectionner une direction privilégiée d’amplification et affiner la monochromaticité du rayonnement.

Signalons toutefois le cas particulier du laser à diazote où l’inversion de population est si importante que l’on obtient un laser sans aucune cavité. On parle d’émission super-radiante. Ce laser est surtout employé comme « pompe » pour obtenir l’inversion de population dans les lasers à colorants .
Les premières réalisations

La décennie 1950-1960 marque la naissance des premières réalisations. En 1952, le Français Alfred Kastler (1902-1984, prix Nobel de physique 1966) invente une technique de pompage optique. En 1954, Charles Townes (né 1915, prix Nobel de physique 1964) invente le MASER, un amplificateur de micro-ondes (1,25 cm de longueur d’onde) par émission stimulée. C’est un maser qui permettra à Penzias et Wilson de révéler en 1965 l’existence d’un fond de rayonnement cosmologique à 2,7 K. En 1958 Townes et Arthur Schawlow (1921-1999, prix Nobel de physique 1981) établissent le principe de réalisation du laser. Deux ans plus tard, l’Américain Theodor Maiman (1927-2007) met au point le premier laser : le milieu actif, amplificateur, était constitué d’ions chromes Cr3+ dans un barreau de rubis ; la méthode de pompage était optique (un flash de lumière blanche). En cette même année 1960, l’Iranien Ali Javan (né 1926) – naturalisé américain – réalise le premier laser à gaz. C’était un laser « hélium-néon », très couramment employé encore de nos jours, qui donne une lumière rouge caractéristique du néon constitutif du milieu actif de ce laser ; l’hélium joue un rôle essentiel dans le pompage dont l’énergie est apportée sous forme de décharges électriques. En 1962, deux physiciens français, Bernard et Durrafourg, établissent la théorie des lasers à semi-conducteurs et la même année IBM et General Electric réalisent le premier laser de ce type.

Quelques exemples d’utilisation des lasers

Depuis les années 1960, un très grand nombre de lasers ont été mis au point : il en existe actuellement plus d’une centaine de modèles qui diffèrent par leur milieu actif, la méthode de pompage, la puissance… A cette grande variété correspondent de très nombreuses applications. Parfois, on cherche une puissance importante, d’autres fois une très grande directivité ou une bonne monochromaticité, etc. Le choix du laser dépend de l’usage auquel il est destiné.
Télémétrie et vélocimétrie

On trouve dans les magasins de bricolage de petits lasers qui permettent de mesurer les distances. A une autre échelle, la télémétrie laser est employée pour mesurer précisément la distance Terre-Lune grâce à des miroirs placés sur la Lune lors des missions Apollo. La mesure du temps d’aller retour de la lumière permet de déterminer la distance avec une très faible incertitude (3 mm en 1999). Cette mesure est en fait beaucoup plus difficile qu’elle ne paraît. En effet, ce n’est qu’une très petite fraction des photons émis qui retourne vers le détecteur au sol : de l’ordre de 1 sur 1021 seulement. De plus, il faut les détecter au milieu d’un bruit de fond considérable.

Dans certaines applications, le laser est employé comme radar : on obtient un lidar. Selon ses variantes, un lidar permet de mesurer la vitesse des voitures sur les routes, d’analyser la composition de l’air en polluants… ou de déclencher la foudre. Dans ce dernier cas, il s’agit d’un laser extrêmement puissant (1012 W) émettant des impulsions très brèves (10-13 s) : le faisceau ionise l’air suffisamment sur son passage pour déclencher la foudre. On obtient ainsi un paratonnerre optique.

Lecteurs CD-DVD
La lecture d’un CD ou d’un DVD passe par l’emploi d’un laser. En effet, le codage binaire, quelque peu similaire au code morse, qui permet de transcrire une information à l’aide de deux signes (point-trait), deux valeurs (0-1), deux états (on-off)… se traduit dans les supports
CD-DVD par des zones qui renvoient ou non la lumière issue d’un laser. Dans les versions réinscriptibles de ces supports, c’est encore grâce à un laser qu’une zone peut à volonté être rendue réfléchissante ou non réfléchissante… Par ailleurs, en raison de la longueur d’onde plus courte de la lumière bleue, l’emploi d’un laser de cette couleur permet d’inscrire davantage d’informations par rapport à un laser rouge. Les lasers bleus sont en cours de commercialisation.

Le laser en médecine et en biologie
On emploie les lasers en ophtalmologie, notamment pour recoller par photo coagulation les rétines décollées. Le laser permet aussi dans certains cas de détruire des tumeurs. On peut également employer des faisceaux laser comme pinces et ciseaux optiques permettant de manipuler des chromosomes par exemple.

Le laser et l’usinage
L’industrie automobile et l’industrie textile font un grand usage des lasers pour la découpe. A titre d’exemple, avec un laser CO2 de 800 W, il est possible de découper une tôle de 1 mm d’épaisseur à la vitesse de 5 m à la minute.

La fusion thermonucléaire
Une des voies vers la fusion thermonucléaire contrôlée passe par l’usage de lasers ultra puissants, comme le laser Mégajoule en développement à Bordeaux : 240 faisceaux laser ultraviolets déposeront 2.106 joules en 10-12 seconde dans un volume de quelques millimètres cubes enfermant le mélange fusible deutérium-tritium. Ce laser devrait être opérationnel en 2010.

Atomes ultra-froids
En 1997, Claude Cohen-Tannoudji s’est vu décerner le prix Nobel de physique pour ses travaux relatifs au refroidissement des atomes, travaux grâce auxquels il a su refroidir des atomes aux environs de un millionième de Kelvin seulement au-dessus du zéro absolu ! Le ralentissement jusqu’à la quasi immobilisation des atomes est obtenu grâce à la pression (de radiation) de plusieurs faisceaux lasers.

Le laser en chimie
Grâce à des impulsions ultra brèves délivrées par certains lasers, dits « femtosecondes », il est possible de suivre à l’échelle atomique et moléculaire le déroulement d’une réaction chimique. Pour ses travaux en femtochimie, Ahmed Zewail a reçu le prix Nobel de chimie en 1999.

Lasers naturels
Au cours des années 1960 les physiciens découvrent dans certains nuages denses interstellaires des émissions si intenses qu’elles ne pouvaient résulter que d’une amplification par émission stimulée. Il s’agissait de rayonnement micro-ondes, donc de masers. Plus récemment, on a découvert le même phénomène mais dans le domaine optique, dans les atmosphères de Vénus et de Mars : des raies infrarouges de CO2 à 10,4 et 9,4 micromètres. Il est même possible que l’on ait observé un laser cosmique UV à 0,25 micromètre dans l’un des nuages issus de l’explosion de l’étoile η Carinae. Dans ces exemples, il n’y a bien entendu aucun oscillateur ; il s’agit simplement d’une amplification par émission stimulée. Le rôle de « pompe » est souvent joué par le rayonnement d’une étoile voisine.