De la Relativité au GPS
Les interactions entre, l’industrie d’une part, la recherche fondamentale et son financement, d’autre part, sont l’objet de discussions passionnées, en France. Pour illustrer cette thème, le système GPS est un cas d’école : pur produit de l’industrie aérospatiale, il bénéficie des apports la théorie de la relativité d’Einstein, issue de considérations théoriques. Qu’est-ce que la théorie de la relativité ? Comment fonctionne un GPS ? Quel rapport y a-t-il entre ces deux créations, l’une théorique, l’autre pratique ?
Généralités sur la relativité et le GPS
Le GPS
Ces origines
C’est avec le lancement du Spoutnik en 1957 que l’idée du GPS (Global Positioning System) est née. En effet, dans la mesure où l’on était capable de localiser le satellite grâce aux « bip-bip » qu’il émettait, il devenait envisageable de faire l’inverse… A cette fin, l’US Navy développe le système Transit, opérationnel au cours des années 1960. Malheureusement, la méthode et la technologie employées ne permettaient la localisation qu’après une longue attente, parfois près de 90 minutes ! Avant même que le premier satellite de ce système ne soit lancé en 1964, le département américain de la défense se met à la recherche du remplaçant de Transit. C’est ainsi que le GPS naît : le premier satellite est mis en orbite en 1978 et c’est en 1984 que le président Ronald Reagan (1911-2004) annonce que les civils pourront également bénéficier, en partie seulement, des possibilités qu’offre ce système.Un principe de base élémentaire
Nous pourrions ainsi nous localiser avec précision si tous les panneaux en France étaient des triptyques indiquant notre distance par rapport à trois villes et toujours les mêmes trois, par exemple Paris, Orléans, et Lyon. C’est précisément cette idée qui est en jeu dans le GPS. Une vingtaine de satellites à 20 000 km d’altitude jouent le rôle des trois villes de l’exemple précédent. Pourquoi tant de satellites ? Car il faut qu’au moins 4 satellites soient toujours « visibles » depuis n’importe quel point du globe. Pourquoi si haut en altitude ? Car s’agissant d’un système militaire, il fallait tenir les satellites en dehors de toute atteinte terrestre possible (missiles, etc)…
En trois dimensions, ce ne sont plus des cercles qu’il faut dessiner mais des surfaces sphériques. Or, l’intersection de deux sphères creuses donne un cercle. La donnée d’une troisième information fixe une nouvelle sphère qui coupe le cercle en deux points. Comme précédemment, nous aurons besoin d’une information supplémentaire, une quatrième ici, pour déterminer notre position. Dans la pratique, le positionnement se fait par rapport à trois satellites seulement, car généralement il y a de bonnes raisons pour éliminer l’un des deux points : la quatrième information permet alors de déterminer l’altitude du point où l’on se trouve.
Une difficulté majeure : connaître la distance
Dans l’exemple des villes, la simplicité de la méthode permettant la localisation venait de l’existence de panneaux indiquant les distances, mais aussi du fait que la position des villes sur Terre est fixe et bien connue. Est-ce aussi simple en GPS ? En admettant que la position des satellites repères dans le ciel soit bien connue, comment depuis la Terre puis-je connaître ma distance par rapport à un satellite ? Comment puis-je obtenir l’information équivalente à celle donnée par les panneaux ? Cela est simple : depuis le point où je me trouve, il suffit que j’émette un signal électromagnétique vers un satellite et que j’attende son retour après réflexion ; connaissant la vitesse de propagation du signal (300 000 km/s) je pourrais déterminer ma distance. Si par exemple, l’aller-retour dure 0,2 seconde, je saurai que je me trouve à 30 000 km du satellite. Il suffira donc que je répète cette opération avec trois ou quatre satellites repères différents pour me localiser précisément.Cette méthode, simple et facile à comprendre, pose cependant un gros problème : en situation de guerre, l’émission du signal par une personne permettrait à l’ennemi de la repérer ! Si le signal ne part pas du sol, il doit provenir du satellite. Dans ce cas, comment connaître ma distance à un satellite grâce à un signal émis par le satellite ? Cela est simple : il faut que le satellite émette un « bip » et envoie au même instant un signal indiquant l’heure de l’émission de manière très précise ; à la réception, il suffira de comparer l’heure de réception à celle d’émission pour connaître le délai et donc la distance. Pour atteindre cet objectif, nous avons donc besoin d’horloges parfaitement synchronisées qui garantissent une précision atomique. De telles horloges atomiques embarquées à bord des satellites ne peuvent évidemment pas être intégrés aux récepteurs GPS, lesquels possèdent des horloges à quartz. Aussi, pour synchroniser un récepteur avec les satellites on utilise une belle astuce.
Une belle astuce
Nous avons vu que trois sphères se coupent en deux points A et B. Si le récepteur est synchrone avec les satellites, le signal provenant du quatrième satellite déterminera une quatrième sphère qui passera par l’un des deux points : A ou B. Que se passe-t-il si l’horloge du récepteur n’est pas synchrone avec celles des satellites ? Dans ce cas, à cause du décalage des horloges, le temps de voyage des signaux sera mal estimé : il sera par exemple trop long de t. Par conséquent, les trois sphères déterminées par le récepteur seront trop grandes de x, mais se couperont quand même en deux points C et D, différents de A et B. La quatrième sphère, elle aussi trop grande de x, ne passera ni par C, ni par D ! Ainsi, l’information provenant du quatrième satellite permet en fait au récepteur de « se rendre compte » que son horloge n’est pas synchrone : il apporte donc à son horloge les corrections nécessaires jusqu’à ce que les quatre sphères se coupent en un point ; il se synchronise ainsi avec les satellites. Le tour est joué et cela permet de se localiser avec une extrême précision !Les théories de relativité d’Einstein
La relativité restreinte
La relativité générale
Einstein cherche ensuite à étendre la théorie de la relativité restreinte aux mouvements accélérés et donc à la généraliser. Ce travail aboutit à la « Relativité générale », laquelle est en fait une théorie de la gravitation, différente de celle de Newton. Avec Einstein, l’écoulement du temps dépend de l’intensité de la gravitation : il ralentit au voisinage des masses.Corrections relativistes et GPS
Ainsi, d’une part, en raison de sa vitesse, une horloge à bord d’un satellite GPS prend quelques microsecondes de retard par jour par rapport à une horloge au sol (principe de relativité restreinte) ; d’autre part, en raison de son altitude, elle prend quelques dizaines de microsecondes d’avance par jour sur celle au sol (principe de relativité générale). Au total donc, la correction qu’il faut introduire dans la lecture précise de l’heure est principalement due à la relativité dans son ensemble. Sans cette correction, l’estimation de la durée du voyage des signaux GPS serait erronée et la localisation précise serait impossible. Kamil Fadel pour Science.gouv.frNotes:
En effet, envisageons deux cercles qui se coupent en deux points et un troisième cercle passant par l’un de ces deux points ; si l’on agrandit le rayon de ces cercles d’une même quantité, on « perdra » le point intersection appartenant aux trois cercles.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire